Le chant grégorien : de l'oral à l'écrit

Le chant grégorien : de l'oral à l'écrit

Le grégorien est un chant pur et on ne joue pas d'instrument ; il est lié à un texte ; la mélodie est un commentaire de la phrase.

Il y a dans ce chant une grande pureté, quelque chose d'essentiel, de chaste, de noble...

Aujourd'hui, l'orgue accompagne parfois le grégorien, mais ne peut jamais dominer le chant.

 

Chant sacré entièrement voué à la liturgie latine (les grecs ont le chant byzantin), il s'est constitué dès les premiers siècles d'implantation du christianisme en Occident, à partir des apports de l'Orient chrétien, il s'inspire donc aussi du chant hébraïque dont il reprend les mélismes et les tropes (cf. ci-dessous).

 

La transmission, pendant des siècles se fit oralement (sans écriture des notes).

C'est le maître qui transmettait le savoir et qui garantissait l'intégrité de cette transmission. La formation d'un chantre durait dix ans!

« Par coeur », « par le coeur »... La connaissance qui était demandée aux apprentis chantres était une connaissance intime : le chant devait devenir comme une seconde nature.

On devine au contact de ce chant multiséculaire, quelle âme il forge secrètement, quelle ouverture spirituelle il opère en l'être, quelle relation à un temps et à un espace il renouvelle et redéfinit.

C'est l'âme chrétienne qui palpite au coeur de ces notes, tout empreinte de force et de douceur...

 

L'Ecriture du chant.

Quand on commença à écrire le chant (les premiers manuscrits datent du IX° siècle), les systèmes d'écriture variaient : un copiste estimait qu'il fallait écrire les procédés vocaux, tandis qu'un autre les supposait connus des chantres.

Charlemagne diffusa le chant grégorien en même temps que la langue latine (entraînant aussi la perte du chant mozarabe d'Espagne ou du chant gallican de Gaule.)

 

Le mélisme

Le mélisme est une technique consistant à charger de nombreuses notes une syllabe d'un texte.

Le mélisme a une signification liturgique. La louange liturgique n'est pas humaine, c'est la louange céleste qui exprime la joie éternelle et divine. Cette joie est inexprimable, et pour la libérer de l'imperfection des mots, elle est représentée par un long mélisme sans paroles.

L'Alléluia en comporte toujours.

 

Le trope

Un trope consiste à ajouter des paroles sur les mélismes de certains chants de la liturgie de la messe, aussi bien de l'ordinaire (kyrie, gloria, sanctus, agnus) que du propre (introït, offertoire, communion).

Ils donnent lieu à des chants séparés : les tropaires ou les séquences.

 

Les modes, ou tons

Les pièces du répertoire se répartissent en huit modes (ou tons) regroupés deux par deux.

 

De même que plus tard, la musique classique sera écrite en ton majeur ou mineur qui traduisent des sentiments différents. Les huit modes grégoriens offrent donc une richesse expressive plus grande que le ton majeur et le ton mineur de la musique classique.

 

Les modes sont caractérisés par leur finale et par leur dominante (appelée aussi teneur, c'est notamment la note sur laquelle sont récités les psaumes). La position des demi-tons entre finale et dominante détermine le caractère du chant.

 

Protus : finale ré  :
- 1er mode : dominante la
- 2ème mode : dominante fa (+ mode 2*: dominante sol)

Deutérus : finale mi:
- 3ème mode : dominante si ou do
- 4ème mode : dominante la (+ mode 4*: dominante sol)

Tritus : finale fa:
- 5ème mode : dominante do
- 6ème mode : dominante la

Tetrardus : finale sol:
- 7ème mode : dominante ré
- 8ème mode : dominante do

A cela s'ajoutent quelques modes irréguliers, ainsi que les modes "archaïques" C, D et E, dont la dominante coïncide avec la finale.

N.B.1 : Les modes impairs sont aigus ou authentiques, les modes pairs sont graves et appelés plagaux.

N.B.2 : Certains préfèrent parler de 8 "tons", et réserver le terme "mode" aux paires de tons appelés "protus", "deuterus", "tritus", "tetrardus", ci-dessus.

 

Il y a quatre espèces de composition:

- Les hymnes et les séquences : par strophes.

- Les psaumes.

- Les compositions pour un texte spécial : la majorité des œuvres grégoriennes.

- Chant monologue et chant dialogué : les chants en soliste du célébrant, et les réponses du peuple, et notamment les préfaces eucharistiques, splendides et riches de poésie.

 

Il y a un très vaste répertoire musical grégorien :

Il y a 200 mélodies de Kyrie, 56 mélodies de Gloria, 700 mélodies pour le Credo, 231 mélodies pour le Sanctus... il y a aussi de nombreuses compositions pour l'Agnus Dei, il y a les antiennes liées à un psaume, il y a les hymnes, les Alléluia et le Tractus (une composition sur le type des Alléluia pour les jours où l'on ne devait pas chanter Alléluia (carême, jour des morts...), le Graduel (exécuté sur les marches pendant qu'un ministre s'apprêtait à chanter l'Évangile)... L'offertoire... La communion.

 

D'un point de vue marial

 

Il existe deux Messes grégoriennes en l'honneur de la Sainte Vierge, et les deux sont complètes. Ce sont :

La neuvième du Liber usualis, on l'appelle « Messe Cum Jubilo ».

C'est une authentique perle ; ses mélodies sereines et pénétrantes entrèrent tout de suite dans le répertoire des fidèles. Ils comprenaient aussi bien ce qui n'est pas écrit, c'est-à-dire l'interiorité. Le Sanctus brodé de tropes marials.

La dixième, appelée « Alme Pater ».  C'est une simplification de la « Messe Cum Jubilo ». Elle est d'une extrême simplicité et d'usage pratique.

L'Agnus Dei est brodé de nombreux Tropes marials.

 

De plus, dans les Messes du commun des fêtes de la Vierge Marie, nous trouvons :

-      De très belles antiennes du Magnificat,

-      Le Magnificat entier, écouter un exemple, cliquez.

-      L'hymne Ave Maris Stella,

-     Des chants grégoriens pour l'annonciation sur l'une des mélodies les plus anciennes du Chant grégorien, dans la deuxième moitié du III° siècle,

-      Des chants pour la naissance de Marie, dès le VIII° siècle,

-      Des chants pour l'Immaculée Conception, dès le XII° siècle,

-      Etc.

 

Les hymnes de Pierre Abelard (1079-1142)

Pierre Abelard a composé, entre autres, des hymnes pour la liturgie des heures, et parmi eux, des hymnes à Marie :

  • Da Mariae tympanum

  • Gaude Virgo Virginum gloria-Mater pietatis

  • Mater Salvatoris

  • Singularis Mater

  • Turris hic davidica

  • Ut aurora consurgens

  • Verbo verbum virgo.

 

Les offices dramatiques

Il s'agit de para-liturgies à l'occasion des fêtes solennelles. Ces offices sont parfaitement composés du point de vue des textes et des musiques.

 

Exemples

Ave Maria

Exemple 1 :

Ecouter chanter Ave, Maria, cliquez. (53.8s - 419 ko)

Cet enregistrement est fait en direct, au Monastère Saint Benoit, à São Paulo (Brésil).

Libre de droits.

Lire la partition, cliquez http://www.christusrex.org/www2/cantgreg/partituras/ave_maria.gif

 

Salve Regina

Exemple 1 :

Ecouter chanter le Salve Regina, cliquez (1m33.7s - 729 ko) Cet enregistrements est fait en direct, au Monastère Saint Benoit, à São Paulo (Brésil). Libre de droits.

Lire la partition (cliquez).

 

Autres chants grégoriens très connus

Litanies de tous les saints (en entier)

 

Liens

http://chantgregorien.over-blog.com/

Festival International de Chant Grégorien de Watou (cliquez)

Et une liste de choeurs grégoriens.

 


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Bibliographie :

Pellegrino Santuci, La Madonna nella musica, cappella musicale D. Maria dei Servi, Bologna, 1981. Vol I, p. 55-150

Françoise Breynaert