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La loi naturelle

La loi naturelle n'est pas un ensemble clos et complet de normes morales mais une source d'inspiration constante.

 

Suivre la loi naturelle, c'est à la fois suivre

- des dynamismes pré-rationnels

- la raison humaine.

L'homme est rationnel (il a un « logos ») ; cependant, réduire l'obéissance à loi naturelle au fait de suivre sa raison humaine, c'est une réduction : il y a aussi un « logos » dans la nature ; inversement, tout réduire à la biologie, c'est aussi une erreur (le physicisme).

 

Cette loi est à la fois :

- transcendante (l'hindouisme parle d'une Source, les monothéismes parlent du Créateur). En tant que la loi naturelle est transcendante, nous pouvons dire que l'âme a toujours du divin en elle, surtout quand, par l'effort, elle s'est préservée de l'erreur.

- et immanente (elle ne nous est pas extérieure, elle correspond à notre nature humaine) (1). Et en tant que la loi naturelle est immanente, nous pouvons dire que l'âme tend aux choses de sa propre nature.

 

Quelqu'un qui n'est pas chrétien a cependant la loi naturelle et il peut juger que certains comportements ne sont pas bons. Tout homme peut être vertueux et développer en soi le refus de l'idolâtrie, la tempérance, la force, la justice, la prudence et rechercher la sagesse. Tout homme peut s'interroger sur l'origine et le but de tout ce qui existe, sur la vie et sur la mort, sur l'esprit et sur la chair. Même un païen peut se laisser guider par son esprit et refuser de se soumettre à la chair, refuser d'être chosifié.

 

La loi naturelle a un principe fondateur dans notre raison. Nous ne décidons pas de ce qui est bien ou mal mais nous le jugeons par notre raison, en fonction d'une loi « il faut faire le bien et éviter le mal ».

 

Le principe fondateur se traduit dans la règle d'or (ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse) et dans les commandements du décalogue qui en découlent (ne pas tuer, ne pas voler, ne pas avoir une conduite sexuelle désordonnée, ne pas convoiter) et qui ont un parallèle dans l'hindouisme, le bouddhisme, l'islam, etc.

 

Il existe des dynamismes naturels (pré-rationnels) :

- conserver et à développer son existence [...]

- perpétuer l'espèce [...]

- vivre en société. (2)

Si le Vatican rappelle des choses aussi simples, c'est parce q'il est conscient qu'actuellement, « Certaines Organisations non-gouvernementales travaillent activement à la diffusion de l'avortement, et promeuvent parfois dans les pays pauvres l'adoption de la pratique de la stérilisation, y compris à l'insu des femmes. Par ailleurs, ce n'est pas sans fondement que l'on peut soupçonner les aides au développement d'être parfois liées à certaines politiques sanitaires impliquant de fait l'obligation d'un contrôle contraignant des naissances. »(3), à quoi s'ajoute l'idéologie du « gender » et tout ce qui détruit la famille.


L'observation des constantes.

Il y a des constantes chez tous les peuples et dans toutes les cultures. C'est pourquoi « l'idée d'une loi naturelle se justifie tout d'abord au plan de l'observation réfléchie des constantes anthropologiques qui caractérisent une humanisation réussie de la personne et une vie sociale harmonieuse » (3).

Cependant, nous ne devons pas être maximaliste. Les personnes humaines et les sociétés pratiquent plus ou moins la loi naturelle parce qu'elles se situent dans une histoire marquée par le péché et la grâce. (Et les « structures de péché » liées aux pressions médiatiques peuvent obscurcir grandement la loi naturelle, jusqu'à appeler fou des gens normaux...

Il n'est donc pas suffisant d'observer les « constantes » dans les comportements humains : la loi naturelle se fonde dans la métaphysique.


La loi naturelle et la métaphysique.

Nous ne sommes pas notre propre origine et l'univers n'a pas en lui-même sa raison d'être ultime (4). C'est la métaphysique. Font de la métaphysique aussi bien l'homme de Cro-Magnon qui enterre ses morts, l'Hindou qui recherche la source, et l'homme de la Bible qui prie Dieu son Créateur.

La métaphysique est accessible à tous. La métaphysique est le fondement philosophique de la loi naturelle, et c'est pourquoi la loi naturelle entre dans un dialogue inter-religieux et avec toutes les cultures. Le pape peut parler de la loi naturelle à l'ONU (5).

 

La mise en œuvre de la loi naturelle par les hommes concrets.

Les différentes cultures ou religions énoncent des principes plus précis que la simple « loi naturelle ».

De plus, chaque être humain, en s'informant d'une situation concrète, dirige ses actions particulières avec le jugement de sa prudence (6). Les puissances rationnelles, sans perdre leur spécificité, s'exercent à l'intérieur du champ affectif, de sorte que la totalité de la personne est engagée dans l'action morale (7). La morale ne peut donc pas se contenter de produire des normes. Elle doit aussi favoriser la formation des vertus (justice, tempérance, force et prudence).

Dans un contexte défavorable (les « structures de péché » d'une société entière, ou l'habitude du péché chez un individu particulier), la conscience n'est plus pure et la perception de la loi naturelle est pervertie.

Pendant que les principes moraux se précisent sous forme de lois et de coutumes, les cultures et les religions se justifient par des doctrines variées (avec sans aucun doute une certaine influence de la géographie et de l'histoire, et, les chrétiens le croient ainsi, avec une inspiration divine qui conduit à la vérité ou une influence des anges déchus qui amène des erreurs).

 


(1) Cf. COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, A la recherche d'une éthique universelle : Nouveau regard sur la loi naturelle, 20 mai 2009, § 63

(2) COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, Ibid., § 46

(3) BENOIT XVI, Caritas in veritate (2009), § 28

(4) COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, Ibid., § 62

(5) Cf. Benoît XVI, Discours du 18 avril 2008 devant l'Assemblée générale de l'ONU : « Ces droits [les droits de l'homme] trouvent leur fondement dans la loi naturelle inscrite au cœur de l'homme et présente dans les diverses cultures et civilisations. Détacher les droits humains de ce contexte signifierait restreindre leur portée et céder à une conception relativiste, pour laquelle le sens et l'interprétation des droits pourraient varier et leur universalité pourrait être niée au nom des différentes conceptions culturelles, politiques, sociales et même religieuses. »

(6) COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, Ibid., § 56

(7) COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, Ibid., § 57


Synthèse Françoise Breynaert