Mère de la miséricorde (Dives in misericordia, Jean Paul II)Lire aussi :

Mère de la miséricorde (Dives in misericordia, Jean Paul II)

« Misericordias Domini in aeternum cantabo » : « Je chanterai sans fin les miséricordes du Seigneur » (Ps 89,2, Ps 88).

Dans ce chant pascal de l'Eglise, résonnent dans la plénitude de leur contenu prophétique les paroles prononcées par Marie durant sa visite à Elisabeth, l'épouse de Zacharie: "Sa miséricorde s'étend de génération en génération" (Lc 1,50).

Dès l'instant de l'incarnation, ces paroles ouvrent une nouvelle perspective de l'histoire du salut. Après la résurrection du Christ, cette perspective nouvelle devient historique et acquiert en même temps un sens eschatologique.

Depuis ce moment se succèdent toujours en nombre croissant de nouvelles générations d'hommes dans l'immense famille humaine, et se succèdent aussi de nouvelles générations du peuple de Dieu, marquées du signe de la croix et de la résurrection, et "marquées d'un sceau" (2Co 1,21-22), celui du mystère pascal du Christ, révélation absolue de cette miséricorde que Marie proclamait sur le seuil de la maison de sa cousine: "Sa miséricorde s'étend de génération en génération" (Lc 1,50).

 

Marie a expérimenté la miséricorde d'une manière exceptionnelle.

Marie est aussi celle qui, d'une manière particulière et exceptionnelle - plus qu'aucune autre - a expérimenté la miséricorde, et en même temps - toujours d'une manière exceptionnelle - a rendu possible par le sacrifice du coeur sa propre participation à la révélation de la miséricorde divine. Ce sacrifice est étroitement lié à la croix de son Fils, au pied de laquelle elle devait se trouver sur le Calvaire.

 

Le sacrifice de Marie est une participation spécifique à la révélation de la miséricorde.

Le sacrifice de Marie est une participation spécifique à la révélation de la miséricorde, c'est-à-dire de la fidélité absolue de Dieu à son amour, à l'alliance qu'il a voulue de toute éternité et qu'il a conclue dans le temps avec l'homme, avec le peuple, avec l'humanité; il est la participation à la révélation qui s'est accomplie définitivement à travers la croix.

Personne n'a expérimenté autant que la Mère du Crucifié le mystère de la croix, la rencontre bouleversante de la justice divine transcendante avec l'amour: ce "baiser" donné par la miséricorde à la justice (Ps 85,11 (Ps 84).

Personne autant qu'elle, Marie, n'a accueilli aussi profondément dans son coeur ce mystère: mystère divin de la rédemption, qui se réalisa sur le Calvaire par la mort de son Fils, accompagnée du sacrifice de son coeur de mère, de son "fiat" définitif.

 

Marie est donc celle qui connaît le plus à fond le mystère de la miséricorde divine. Elle en sait le prix, et sait combien il est grand.

 

Marie est préparée à découvrir la miséricorde à laquelle tous participent (Lc 1, 50).

En ce sens, nous l'appelons aussi Mère de la miséricorde: Notre-Dame de miséricorde, ou Mère de la divine miséricorde; en chacun de ces titres, il y a une signification théologique profonde, parce qu'ils expriment la préparation particulière de son âme, de toute sa personne, qui la rend capable de découvrir, d'abord à travers les événements complexes d'Israël puis à travers ceux qui concernent tout homme et toute l'humanité, cette miséricorde à laquelle tous participent "de génération en génération" (Lc 1,50), selon l'éternel dessein de la Très Sainte Trinité.

 

Marie, Mère du Crucifié et du Ressuscité, a  expérimenté la miséricorde d'une manière exceptionnelle.

Cependant, ces titres que nous décernons à la Mère de Dieu parlent surtout d'elle comme de la Mère du Crucifié et du Ressuscité; comme de celle qui, ayant expérimenté la miséricorde d'une manière exceptionnelle, "mérite" dans la même mesure cette miséricorde tout au long de son existence terrestre, et particulièrement au pied de la croix de son Fils.

 

Avec le tact particulier de son coeur maternel, Marie rend proche des hommes cet amour que le Fils est venu révéler.

Enfin ils nous parlent d'elle comme de celle qui, par sa participation cachée mais en même temps incomparable à la tâche messianique de son Fils, a été appelée d'une manière spéciale à rendre proche des hommes cet amour qu'il était venu révéler: amour qui trouve sa manifestation la plus concrète à l'égard de ceux qui souffrent, des pauvres, des prisonniers, des aveugles, des opprimés et des pécheurs, ainsi que le dit le Christ avec les termes de la prophétie d'Isaïe, d'abord dans la synagogue de Nazareth (Lc 4,18), puis en réponse aux envoyés de Jean-Baptiste (Lc 7,22).

 

A cet amour "miséricordieux", qui se manifeste surtout au contact du mal physique et moral, le coeur de celle qui fut la Mère du Crucifié et du Ressuscité participait d'une manière unique et exceptionnelle - Marie y participait.

Et cet amour ne cesse pas, en elle et grâce à elle, de se révéler dans l'histoire de l'Eglise et de l'humanité. Cette révélation est particulièrement fructueuse, car, chez la Mère de Dieu, elle se fonde sur le tact particulier de son coeur maternel, sur sa sensibilité particulière, sur sa capacité particulière de rejoindre tous ceux qui acceptent plus facilement l'amour miséricordieux de la part d'une mère.

C'est là un des grands et vivifiants mystères chrétiens, mystère très intimement lié à celui de l'incarnation.

 

"A partir du consentement qu'elle apporta par sa foi au jour de l'Annonciation et qu'elle maintint sans hésitation sous la croix - nous dit le Concile Vatican II -, cette maternité de Marie dans l'économie de la grâce se continue sans interruption jusqu'à l'accession de tous les élus à la gloire éternelle.

En effet, après son Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s'interrompt pas: par son intercession répétée, elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel.

Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n'est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu'à ce qu'ils parviennent à la patrie bienheureuse"

(Vatican II, LG 62)


Jean Paul II,

Lettre encyclique, Dives in misericordia, Sur la miséricorde divine, §9