Le seul Etre parfaitement libéral

Le seul Etre parfaitement libéral

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.»

 

« Quand Dieu fit le cœur de l'homme, il y mit premièrement la bonté. » Voilà une parole divine, et Bossuet n'eût-il prononcé que celle-là, je le tiens pour un grand homme. La bonté ! c'est-à-dire cette vertu qui ne consulte pas l'intérêt, qui n'attend pas l'ordre du devoir, qui n'a pas besoin d'être sollicitée par l'attrait du beau, mais qui se penche d'autant plus vers un objet qu'il est plus pauvre, plus misérable, plus abandonné, plus digne de mépris !

 

Il est vrai, l'homme possède cette adorable faculté. Ce n'est ni le génie, ni la gloire, ni l'amour qui mesurent l'élévation de son âme, c'est la bonté. C'est elle qui donne à la physionomie son premier et invincible charme ; c'est elle qui nous rapproche les uns des autres ; c'est elle qui met en communication les biens et les maux, et qui est partout, du ciel à la terre, la grande médiatrice des êtres...

 

Mais puis-je dire : Voilà l'homme, sans dire aussi : Voilà Dieu ?De qui l'homme tiendrait-il sa bonté, si Dieu n'en était l'océan primordial, et, si en formant notre cœur, il n'y avait pas versé avant tout une goutte du sien ?

 

Oui, Dieu est bon ; oui, la bonté est l'attribut qui recouvre en lui tous les autres... Mais toute perfection suppose un objet où s'appliquer. Il fallait donc à la bonté divine un objet aussi vaste et profond qu'elle-même : Dieu l'a découvert. Du sein de sa plénitude, il a vu cet être sans beauté, sans forme, sans vie, sans nom, cet être sans être que nous appelons le néant ; il a entendu le cri des mondes qui n'étaient pas, le cri d'une misère sans mesure appelant une bonté sans mesure.

 

L'éternité s'est troublée, et elle a dit au temps : Commence ! Le temps et l'univers ont obéi à la volonté de Dieu, comme la volonté de Dieu avait cédé, mais librement, à l'inspiration de la bonté…

 

Saint Thomas d'Aquin, traitant cette question, dit que « Dieu est le seul être parfaitement libéral, parce que seul il n'agit pas pour son utilité, mais à cause de sa bonté ».

 

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Père Henri Lacordaire