Le Messie, Oint de l’Esprit Saint (Jean Paul II)

Le Messie, Oint de l’Esprit Saint (Jean Paul II)

[Extraits de l'encyclique Dominum vivificantem ; les sous-titres sont ajoutés].

 

Littéralement, «Messie» veut dire «Christ», c'est-à-dire «Oint», et, dans l'histoire du salut, le sens est «Oint de l'Esprit Saint». Telle était la tradition prophétique de l'Ancien Testament. En s'y conformant, Simon Pierre dira dans la maison de Corneille:

«Vous savez ce qui s'est passé dans toute la Judée: Jésus de Nazareth... après le baptême proclamé par Jean; comment Dieu l'a consacré par l'Esprit Saint et rempli de sa force» (Ac 10, 37-38). [...]

 

[L'Esprit est don, don pour la personne (du Messie) :]

«Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines.

Sur lui reposera l'Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur: son inspiration est dans la crainte du Seigneur» (Is 11, 1-3).

 

[Le Messie est médiateur du don de cet Esprit au Peuple tout entier :]

Le Messie (plus que tout autre personnage oint dans l'Ancienne Alliance) est l'unique et grand Oint du Seigneur lui-même. Il est l'Oint en ce sens qu'il possède la plénitude de l'Esprit de Dieu. Et il sera lui-même le médiateur du don de cet Esprit au Peuple tout entier. Voici, en effet, d'autres paroles du prophète:

 

«L'esprit du Seigneur Dieu est sur moi, car le Seigneur m'a consacré par l'onction; il m'a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance, proclamer une année de grâce de la part du Seigneur» (Is 61, 1-2).

 

[L'Oint est le serviteur souffrant et la lumière des nations :]

L'Oint est aussi envoyé «avec l'Esprit du Seigneur»:

«Et maintenant le Seigneur Dieu m'a envoyé avec son esprit» (Is 48, 16).

Selon le Livre d'Isaïe, l'Oint, l'Envoyé avec l'Esprit du Seigneur, est aussi le Serviteur du Seigneur élu, sur qui repose l'Esprit de Dieu:

«Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme se complait. J'ai mis sur lui mon esprit» (Is 42, 1).

On sait que le Serviteur du Seigneur est révélé dans le Livre d'Isaïe comme le véritable Homme des douleurs: le Messie souffrant pour les péchés du monde (cf. Is 53, 5-6 ; Is 53, 8). Et, simultanément, il est celui même qui reçoit la mission de porter de véritables fruits de salut pour toute l'humanité:

«Il présentera aux nations le droit ...» (Is 42, 1);

et il deviendra «l'alliance du peuple, la lumière des nations ...» (Is 42, 6);

«pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre» (Is 49, 6).

Car:

«Mon esprit qui est sur toi, et mes paroles que j'ai mises dans ta bouche ne s'éloigneront pas de ta bouche, ni de la bouche de ta descendance, ni de la bouche de la descendance de ta descendance, dit le Seigneur, dès maintenant et à jamais» (Is 59, 21).

 

[...]

La plénitude de l'Esprit de Dieu s'accompagne de nombreux dons, les biens du salut, destinés spécialement aux pauvres et à ceux qui souffrent, à tous ceux qui ouvrent leur cœur à ces dons, parfois à travers l'expérience douloureuse de leur propre existence, mais avant tout dans la disponibilité intérieure qui provient de la foi.

 

[Le vieillard Syméon et la Vierge Marie comprenaient cela :]

Cela, le vieillard Syméon, «homme juste et pieux» sur qui «reposait l'Esprit Saint», en eut l'intuition au moment de la présentation de Jésus au Temple, lorsqu'il vit en lui «le salut préparé à la face de tous les peuples» au prix de la grande souffrance, celle de la Croix, qu'il devait éprouver en même temps que sa Mère (Lc 2, 25-35).

La Vierge Marie comprenait cela encore mieux, elle qui «avait conçu du Saint-Esprit»(Lc 1, 35), lorsqu'elle méditait en son cœur les «mystères» du Messie auxquels elle était associée(Lc 2, 19.51).[...]

 

[Jésus est le Messie, l'Oint, qui accomplit les prophéties d'Isaïe :]

Au début de son activité messianique, Jésus-Christ se réclamera de cette annonce que comprenaient les paroles d'Isaïe. Il le fera à Nazareth même où il avait passé trente années de sa vie dans la maison de Joseph le charpentier, aux côtés de Marie, la Vierge sa Mère. Quand il eut l'occasion de prendre la parole à la Synagogue, ouvrant le Livre d'Isaïe, il trouva le passage où il était écrit: «L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onction» et, après avoir lu ce passage, il dit à l'assemblée:

«Aujourd'hui, cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez» (Lc 4, 16-21).

De cette manière, il confessait et il proclamait qu'il était celui qui «a reçu l'onction» du Père, qu'il était le Messie, c'est à dire celui en qui demeure l'Esprit Saint, le don de Dieu lui-même, celui qui possède la plénitude de cet Esprit, celui qui marque le «nouveau commencement» du don que Dieu fait à l'humanité dans l'Esprit.

 


Extraits et présentation par F. Breynaert de

Jean Paul II, encyclique Dominum vivificantem, 1986, § 15.16.17.18