Toute maternité est toujours un don de Dieu

Toute maternité est toujours un don de Dieu

«J'ai acquis un homme de par YHWH» (Gn 4, 1), s'exclame Eve après avoir mis au monde Caïn, son premier-né. Par ces paroles, le livre de la Genèse présente la première maternité de l'histoire de l'humanité comme une grâce et une joie qui proviennent de la bonté du Créateur.

 

La naissance d'Isaac, qui est à l'origine du peuple élu, est illustrée de façon analogue. Dieu promet à Abraham, sans descendance et désormais âgé, une postérité nombreuse comme les étoiles du ciel (cf. Gn 15, 5).

Cette promesse est accueillie par le Patriarche avec la foi qui révèle à l'homme le dessein de Dieu:

« Abraham crut en YHWH, qui le lui compta comme justice » (Gn 15, 6).

Cette promesse est confirmée par les paroles prononcées par le Seigneur à l'occasion du Pacte établi avec Abraham:

«Moi, voici mon alliance avec toi : tu deviendras père d'une multitude de nations » (Gn 17, 4).

Des événements extraordinaires et mystérieux soulignent que la maternité de Sara est surtout le fruit de la miséricorde de Dieu, qui donne la vie au-delà de toute attente humaine:

«Je la bénirai et même je te donnerai d'elle un fils ; je la bénirai, elle deviendra des nations, et des rois de peuples viendront d'elle » (Gn 17, 15-16).

La maternité est présentée comme un don décisif du Seigneur: le patriarche et sa femme recevront un nouveau nom pour signifier la transformation inattendue et merveilleuse que Dieu accomplit dans leur vie.

La visite de trois mystérieux personnages, en qui les Pères de l'Église ont vu une préfiguration de la Trinité, annonce de façon plus concrète à Abraham l'accomplissement de la promesse :

« YHWH lui apparut (à Abraham) au Chêne de Mambré, tandis qu'il était assis à l'entrée de la tente, au plus chaud du jour. Ayant levé les yeux, voilà qu'il vit trois hommes qui se tenaient debout prés de lui» (Gn 18, 1-2).

Abraham objecta:

«Un fils naîtra-t-il à un homme de cent ans, et Sara qui a quatre-vingt dix ans va-t-elle enfanter?» (Gn 17, 17, cf. 18, 11-13).

L'hôte divin répondit :

«Y a-t-il rien de trop merveilleux pour YHWH? A la même saison l'an prochain, je revi-endrai chez toi et Sara aura un fils » (Gn 18, 14; cf. Lc 1, 37).

Le récit souligne l'effet de la visite divine qui rend féconde une union conjugale, demeurée jusque là stérile. En croyant dans la promesse, Abraham devient père contre toute attente, et « père dans la foi », car de sa foi « descend » celle du peuple élu.


La Bible rapporte d'autres récits de femmes libérées de leur stérilité et rendues heureuses par le Seigneur, grâce au don de la maternité.

Il s'agit de situations souvent angoissantes, que l'intervention de Dieu transforma en expériences joyeuses, en accueillant la prière anxieuse de celles qui étaient humainement sans espoir.

 

Rachel, par exemple, «voyant qu'elle-même ne donnait pas d'enfants à Jacob, devint jalouse de sa sœur et elle dit à Jacob: " Fais-moi aussi avoir des enfants, ou je meurs ! ». Jacob s'emporta contre Rachel et dit:

«Est-ce que je tiens la place de Dieu, qui t'a refusé la maternité'? » (Gn 30, 1-2).

Mais le texte biblique ajoute immédiatement que

«Dieu se souvint de Rachel, il l'exauça et la rendit féconde. Elle conçut et elle enfanta un fils » (Gn 30, 22-23).

Ce fils, Joseph, jouera un rôle très important pour Israël au moment de la transmigration en Egypte. Dans ce récit, comme dans d'autres, en soulignant la condition initiale de stérilité de la femme, la Bible entend mettre en évidence le caractère merveilleux de l'intervention divine dans ces cas particuliers, mais elle laisse en même temps entendre la dimension de gratuité contenue dans chaque maternité.

 

Nous trouvons une façon d'agir semblable dans le récit de la naissance de Samson.

La femme de Manoach, qui n'avait jamais pu avoir d'enfant, reçut l'annonce de l'ange du Seigneur:

«Tu es stérile et tu n'as pas eu d'enfant mais tu vas concevoir et tu enfanteras un fils » (Jg 13, 3).

La conception, inattendue et prodigieuse, annonce les grandes choses que le Seigneur accomplira à travers Samson.

 

Dans le cas de Anne, la mère de Samuel, le rôle particulier de la prière est souligné.

Anne vit l'humiliation de la stérilité, mais elle est animée par une grande confiance en Dieu, à qui elle s'adresse avec insistance pour qu'il l'aide à surmonter cette épreuve. Un jour, s'étant rendue au temple, elle exprime un vœu :

« O YHWH Sabaot ! Si tu voulais [...] ne pas oublier ta servante et lui donner un petit d'homme, alors je le donnerai a YHWH pour toute sa vie... » (1S 1, 11)

Sa prière est exaucée:

«YHWH se souvint d'elle», qui «conçut et, au temps révolu, mit au monde un fils qu'elle nomma Samuel» (1 S 1, 19-20).

Accomplissant son vœu Anne rendit son Fils au Seigneur:

« C'est pour cet enfant que je priais et YHWH m'a accordé la demande que je lui ai fai-te. A mon tour, je le cède à YHWH tous les jours de sa vie: il est cédé à YHWH » (1 S 1, 27-28).

Donné par Dieu à Anne puis par Anne à Dieu, le petit Samuel devient un lien de communion vivant entre Anne et Dieu. La naissance de Samuel est donc une expérience de joie et l'occasion de rendre grâces. Le premier livre de Samuel rapporte une hymne, intitulée le «Cantique» d'Anne, qui semble anticiper le Magnificat de Marie:

«Mon cœur exulte en YHWH, ma force s'élève en mon Dieu... » (1 S 2, 1).

La grâce de la maternité accordée à Anne par Dieu, à la suite de sa prière incessante, suscite en elle une nouvelle générosité. La consécration de Samuel est la réponse reconnaissante d'une mère qui, reconnaissant dans son enfant le fruit de la miséricorde divine, répond à ce don en confiant ce fils tant attendu au Seigneur.

Dans le récit de la maternité extraordinaire que nous avons évoqué, il est facile de découvrir la place importante que la Bible accorde aux mères dans leur mission d'avoir des enfants. Dans le cas de Samuel, Anne joue un rôle déterminant en décidant de le donner au Seigneur. Un rôle également décisif est joué par une autre mère, Rebecca, qui procure sa descendance à Jacob (Gn 27).

 

Dans cette intervention maternelle, décrite par la Bible, on peut lire le signe d'une élection comme instrument du dessein souverain de Dieu. C'est lui qui choisit le fils le plus jeune, Jacob comme détenteur de la bénédiction de l'héritage paternel, et donc comme pasteur et guide de son peuple... C'est lui qui, par une décision gratuite et sage, décide et conduit le destin de chaque homme (Sg 10, 10-12).


Le message de la Bible sur la maternité révèle des aspects importants et toujours actuels : en effet, il met en lumière la dimension gratuite, qui se manifeste surtout dans le cas des femmes stériles, l'alliance particulière de Dieu avec la femme et le lien particulier entre le destin de la mère et celui du fils.

En même temps, l'intervention de Dieu qui, à des moments importants de l'histoire de son peuple, rend fécondes certaines femmes stériles, prépare la foi dans l'intervention de Dieu qui, lors de la plénitude des temps rendra une Vierge féconde pour que s'incarne son Fils.

 


Jean Paul II, Catéchèse sur le Credo, 6 mars 1996