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L’erreur du nationalisme intégral de C. Maurras (1868-1952)

L'erreur métaphysique de Charles Maurras :

Maurras fait une erreur métaphysique quand il assimile la nation à une substance alors qu'elle n'est qu'un accident. Expliquons : un accident est un être qui a besoin d'un autre être pour exister, un être qui n'existe pas par soi. Par exemple, la couleur blanche est un accident, elle n'existe pas par soi, elle a besoin d'une substance pour exister (on n'a jamais vu la couleur blanche exister toute seule : c'est cet homme qui est blanc, c'est ma chemise qui est blanche). L'homme est une substance et la nation un accident. Nous trouvons cette erreur par exemple dans cette citation :

 

« Mais une race, une nation, sont des substances sensiblement immortelles ! Elles disposent d'une réserve inépuisable de pensées, de cœurs et de corps. Une espérance collective ne peut donc pas être domptée. »[1]

 

Le paganisme de Charles Maurras :

Si l'amour de la patrie (qui relève de l'amour pour les parents, loi naturelle et loi divine) est une valeur chrétienne ; il n'en va pas de même quand la nation est personnifiée, et qu'un mythe créateur remplace la référence à Dieu le Créateur et à sa Providence.

Voici le mythe de Maurras :

 

« De l'union violente de la Gaule avec Rome date, au sens organique du mot, notre conception. Avant ce grand évènement, les traits du génie national ne sont ni assemblés, ni même tous présents : aussitôt après, la figure se dessine, embryonnaire mais complète, il ne lui manque que son nom, quand l'invasion franque se fait. Religion, langue, civilisation, administration, unité, tout jaillit comme un sang généreux du cœur romain de la France. » [2]

 

Ce mythe génère un racisme d'Etat, ce n'est pas tant le mépris des autres parce qu'ils sont d'une autre race, mais c'est l'idée que les gens d'une autre race resteront étrangers à l'Etat.

Très différente est la perspective chrétienne qui facilite l'union des peuples - Jean Paul II prend l'exemple de la formation polonaise à partir de plusieurs peuples et l'exemple de la formation de l'Europe.

« Mais vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, pour proclamer les louanges de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1Pierre 2, 9)

 

Ce mythe génère aussi l'idée d'un déterminisme (chaque français doit développer les valeurs hypothétiques contenues dans le sang français). Très différente est la foi chrétienne en Dieu créateur qui veille sur une communauté et donne à chacun l'Esprit Saint : il n'y a pas de déterminisme.

 

C. Maurras remplace le salut par le Christ en une auto-divinisation, c'est une gnose :

 

« Le génie national correspond aux façons qui nous sont le plus naturelles et faciles de nous élever à un type supérieur d'humanité. »[5]

 

Maurras veut la monarchie « par n'importe quels moyens »

Maurras veut une monarchie suffisamment forte pour permettre aussi une décentralisation au niveau des communes, des régions et des corps de métiers ; il ne veut pas supprimer le suffrage universel mais faire en sorte qu'il représente la nation sans la diriger.

 

Maurras étant athée, la monarchie qu'il veut n'est pas équivalente à la royauté tradionnelle, de droit divin dans la perspective du cardinal Richelieu[7] ; Maurras ne se convertit que sur son lit de mort. La monarchie qu'il veut repose sur sa métaphysique et le paganisme de son "principe national" :

« Le principal bienfait d'une propagande monarchiste établie sur le Salut public est d'identifier, au-dessus des partis concurrents, des confessions rivales, au-dessus de tout ce qui divise, l'identité du principe royal et du principe national. »[6]

Maurras voulait restaurer la monarchie "par n'importe quel moyen", et l'Action française utilisait l'Eglise, tout en prétendant la servir, de sorte que c'était directement le Christ qui était exposé aux outrages des partis adverses.

 

L'Evangile ne condamne pas la monarchie. Cependant, le fait que Maurras veuille imposer la monarchie « par n'importe quels moyens » est en opposition avec l'Evangile dont les moyens sont dictés par les commandements de Dieu et par la charité. De plus, un chrétien ne peut pas placer "la nation" au-dessus de Dieu : Jésus est « le Roi des rois » (Ap 19, 16).

 

 

Condamnation et assouplissement

Le pape Pie XI dans son allocution consistoriale du 20 décembre 1926, - répété par les évêques de France[8] - interdit aux catholiques la propagande de l'Action française. Cependant, beaucoup de catholiques français se révoltent et restent attachés à Charles Maurras (manifeste « Non possumus » !). Cette révolte conduit à des excommunications ou à des situations presque ridicules où des chrétiens notoires se trouvent sévèrement blâmés - Le pape Pie XII lève les sanctions contre l'Action française en 1939, mais maintient il la condamnation des livres de Charles Maurras.

 

En 2005, dans son livre « Mémoire et identité », Jean-Paul II clarifie les notions de patriotisme et l'appel des nations à entrer dans l'histoire du salut[9].

Alors que pour Maurras le patriotisme se rapporte à nation personnifiée par un mythe fondateur ; pour Jean-Paul II, le patriotisme se rapporte simplement au lien concret qui nous unit à nos pères, au pays et à la culture de nos pères, et c'est toujours l'homme qui est souverain, l'homme en qui peut agir l'Esprit Saint créateur.

Alors que pour Maurras le nationalisme peut agir par tous les moyens, pour Jean-Paul II les nations doivent obéir à la loi du Créateur, du Dieu personnel.

Alors que pour Maurras la nation se divinise en une surhumanité (gnose) ; pour Jean-Paul II, les nations sont appelées à recevoir le salut en Jésus-Christ ; loin de mépriser ceux qui ne sont pas de notre race, les nations sont appelées à s'unir en Dieu.

 

Les thèmes mariaux liés aux thèmes abordés dans cet article sont :


  • La doctrine de la consécration votive des nations qui se distingue de la consécration personnelle : on ne consacre pas une nation comme si c'était une personne, mais on intercède pour les gens d'un pays, en respectant leur pays.

  • La doctrine de la maternité universelle de Marie, que l'on peut exprimer aussi par l'appellation "Marie mère des hommes", ou encore "Notre Dame de tous les peuples".

  • Les célébrations liturgiques du Christ roi (solennité du dernier dimanche d'octobre), ou de la royauté de Marie (simple mémoire, à l'octave de l'Assomption).

  • A quoi s'ajoutent les fondements bibliques, notamment l'organisation prêtre, prophètes et rois dans l'Ancien Testament.

     

 


[1] Charles Maurras, Romantisme et Révolution, Ed. Nouvelle librairie nationale, Paris, 1922, p.35. L'avenir de l'Intelligence.

[2] Charles Maurras, art. Deux témoins de la France, Minerva, 15 avril 1902, Tome.I. p.538.

[3] Charles Maurras, « La question juive », L’Action française, 23 février 1911, cité dans Laurent Joly, « Les débuts de l’Action française (1899-1914) ou l’élaboration d’un nationalisme antisémite », Revue historique, n° 639, 2006/3, pp. 707-708.

Voir aussi : Charles Maurras, Romantisme et Révolution, Ed. Nouvelle librairie nationale, Paris, 1922, p.132. Le Romantisme féminin. Renée Vivien.

[4] JEAN PAUL II, Mémoire et identité, Flammarion, Paris 2005, (Vatican 2005), p. 106

[5] Charles Maurras cité par le Marquis de Roux. Charles Maurras et le nationalisme de l'Action française. Éd. Grasset, 1927.

[6] Maurras, Journal L'action française, 3 décembre 1937 (source en ligne Gallica) cité également par Jacques Prévotat in L'Action française, Que sais-je ? PUF, Paris, 2004 p.87

[7] « Dieu étant le Principe de toutes choses, le souverain Maître des Rois, et celui seul qui les fait régner heureusement, [si Votre Majesté] ne suit les volontés de son Créateur, et ne se soumet à ses lois, elle ne doit point espérer de faire observer les siennes, et de voir ses sujets obéissants à ses ordres. [...] Le règne de Dieu est le principe du gouvernement des États. » Richelieu cité par Stéphane Rials, Le testament politique du grand cardinal, revue Mémoire, N°III, Paris, 1985, Institut des Sciences Historique, p.74-75.

[8] L'Église catholique et l'Action Française, documents romains, Éditions Spes, Paris, 1927.

[9] JEAN PAUL II, Mémoire et identité, Flammarion, Paris 2005, (Vatican 2005)

 


 

Synthèse F. Breynaert