Bref historique de la doctrine de l'Assomption

Bref historique de la doctrine de l'Assomption

La Tradition de l'Église Judéo-chrétienne, avec ses apocryphes, a évoqué très vite la fin de la destinée terrestre de Marie. Le texte le plus ancien, partiellement conservé en grec et plus complètement en éthiopien, est attribué à un certain Leucio, disciple de saint Jean.  Mais cette tradition est passée sous silence dans les quatre premiers siècles de l'histoire de l'Église. C'est seulement au V° et VI° siècle, que ces récits apocryphes connaissent une diffusion extraordinaire.

 

Saint Ephrem († 373) exprime déjà l'idée que le corps de Marie n'a pas connu la corruption après la mort.

 

Epiphane, évêque de Salamine, dans une lettre adressée aux chrétiens de l'Arabie en 377, pose la question théologique de la mort de Marie.

« En effet l'Écriture se situe au-dessus de l'esprit humain et elle a laissé dans l'incertitude l'événement par respect envers cette vierge incomparable, pour couper court à toute pensée vulgaire et charnelle dans son égard. Nous ignorons si elle est morte ou si elle a été enterrée. »[1]

Pour lui, on ne sait pas comment Marie est morte, ni où c'est son corps.

Epiphane était palestinien, il n'est pas possible qu'il ignorât toute la littérature apocryphe mais pour lui, elle n'a pas de valeur.

D'autres pères de l'Eglise retiennent quelques éléments des récits apocryphes.

 

Le patriarche d'Alexandrie Théodose († 566) nous renseigne sur une double célébration : une fête pour commémorer la mort de la Vierge était célébrée le 16 janvier, et le 9 Août était célébré la fête de sa résurrection[2]. Théodose met un intervalle de 206 jours donc entre les deux événements, en éludant le problème de la corruption. La résurrection corporelle est la conséquence de sa maternité divine. Au ciel, la Vierge intercède.

La fête liturgique qui commémore le départ de la Vierge de ce monde a été fixée, pour l'église de Constantinople, le 15 Août, par un décret de l'empereur Maurice en l'an 600, avec la dénomination de Koimesis (Dormizione).

 

Vers l'an 600, l'empereur Maurice décréta que serait célébrée le 15 août « la Dormition de Sainte Marie » dans tout l'empire, avec la plus haute révérence en observant tout le repos festif.

Qui dit liturgie, dit aussi homélie.

 

L'homélie de Théotecno sur l'Assomption de Marie au ciel constitue une des premières, sinon la première homélie composée pour ce mystère, vers l'an 600. Il exhorte à la joie et au chant pour célébrer "cette fête des fêtes, l'Assomption de la toujours vierge"[3]. Parce qu'il était opportun que le corps qui a porté Dieu et fut le réceptacle divinisé, incorruptible, éclairé par la lumière divine, fût élevé dans la gloire avec l'âme agréable à Dieu".[4]

 

A Constantinople, en imitant les liturgies de Jérusalem, deux sanctuaires, aujourd'hui détruits commémorent la mort et l'Assomption de Marie : Chalkoprateia et surtout Blacherne avec la source miraculeuse, les icônes, entre autre la Blachernitissa appelé aujourd'hui la Vierge du Signe et les traditions des reliques (qui remontent au VII° et VIII° siècle).

 

En Occident, le pape Grégoire le Grand (540-604), dans son sacramentaire, présente un formulaire liturgique de la « fête où la sainte Mère de Dieu a subi la mort temporelle, sans cependant connaître l'humiliation de l'esclavage de la mort », parce que Dieu l'a exaltée au-dessus des anges.

 

Dans le Missel gothique-gallican, du VI-VII° siècle, le jour de l'Assomption est un « sacrement [= un mystère] qui n'est pas explicable », et il est « à honorer plus que les autres jours », parce que « la Vierge Mère de Dieu a émigré du monde au Christ. Elle n'a pas été contaminée par la corruption et elle n'a pas subi l'esclavage du sépulcre. »

 

Modeste de Jérusalem, docteur de l'Assomption

L'âge d'or de la réflexion se situe au 8° siècle, avec notamment saint Germain de Constantinople († 733). Le ton très serein de toutes ces homélies, montre que la réflexion doctrinale s'est déroulée sans heurts, dans la joie de la fête liturgique.

 

Pendant des siècles, l'Eglise vit cette foi à travers la liturgie.

 

Le dogme catholique

L'Eglise catholique romaine, dans un acte de louange envers Dieu, promulgue le dogme de l'Assomption le 1° novembre 1950, jour de Toussaint, signe que l'Assomption de Marie est une espérance pour la destinée de tous.

 


[1] Panarion, Haer. 78,11

[2] Cf. M. Chaine, Sermon de Théodose, patriarche d'Alexandrie, sur la dormition et l'assomption de la Vierge, « Revue de l'Orient Chrétien » 29 (1933-1934),273-313. (texte copte et texte français). Il existe une version arabe :  Vatic. Arabo 698.

[3] Homélie sur l'Assomption de la Sainte Mère de Dieu, 31

[4] Ibid., 9


A. Gila, L. Gambero, F. Breynaert

Faculté théologique pontificale "Marianum", Rome