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Un autre Christ (alter Christus) – en quel sens ?

Si la maternité de Marie est le modèle de la maternité de l'Eglise, nous sommes poussés à dire que les chrétiens sont eux aussi comme  des « autres Jésus ».

Si Marie mère du Christ, Grand-prêtre éternel, est le modèle des mamans de prêtres, nous sommes poussés à dire que les prêtres sont comme des « autres Christ ».

En tout cas, il convient de rester très proche de l'Evangile où Jésus s'est désigné comme le « Fils de l'homme », un titre qui suggère que Jésus nous incorpore en Lui (« Fils de l'homme » avait chez le prophète Daniel un sens collectif) et de mettre quelques nuances à l'expression « un autre Christ » (alter Christus).

 

L'image du prêtre comme « alter Christus » s'est développée à partir de la spiritualité de l'école française. C'est une image encore utilisée de nos jours :

 

«  Le prêtre est appelé alter Christus, un autre Christ. Sa pauvre humanité, en effet, élevée par la puissance de l'Esprit-Saint à une union nouvelle et plus haute avec la personne de Jésus, est désormais le lieu de la rencontre avec le Fils de Dieu incarné, mort et ressuscité pour nous. Quand un prêtre enseigne la foi de l'Eglise, c'est le Christ, en lui, qui parle au peuple ; quand il guide avec prudence les fidèles qui lui sont confiés, c'est le Christ qui paît ses brebis ; quand il célèbre les sacrements et, de manière éminente, la très sainte Eucharistie, c'est le Christ lui-même qui, à travers ses ministres, réalise le salut de l'homme et se rend réellement présent dans le monde. »

(Cardinal Piacenza, préfet de la Congrégation pour le clergé, Lettre « aux mères des prêtres et des séminaristes et à toutes celles qui exercent envers eux le don de la maternité spirituelle, en la solennité de la Très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu », le 1er janvier 2013.)

 

Il convient cependant d'utiliser cette expression avec modération.

Pie XII a en effet mis en garde dans son encyclique Mystici Corporis (1943) contre toute identification trop directe et générale entre l'Eglise et le Christ, c'est excessif et ce serait attribuer au Christ les péchés des prêtres ou des chrétiens, qui, quelque soit leur charge, demeurent toujours des disciples du Seigneur.

 

Vatican II :

Avec un vocabulaire nuancé, Vatican II, dans la constitution dogmatique « Lumen gentium », parle du ministère des évêques et il faut remarquer le pluriel utilisé : c'est ensemble que les évêques jouent le rôle du Christ.

 

« Ainsi donc en la personne des évêques assistés des prêtres, c'est le Seigneur Jésus-Christ, Pontife suprême, qui est présent au milieu des croyants ».  (Lumen Gentium 21)

« La grâce de l'Esprit-Saint est donnée et le caractère sacré imprimé, de telle sorte que les évêques, d'une façon éminente et visible, tiennent la place du Christ lui-même, Maître, Pasteur et Pontife et jouent son rôle. »  (Lumen Gentium 21)

 

La constitution dogmatique « Lumen gentium » parle ensuite du ministère des prêtres. Au moment de la prière de consécration eucharistique, ils agissent directement « en nom et place du Christ ». Mais lorsqu'ils enseignent, dirigent ou célèbrent, ils sont « à l'image du Christ » (une simple image, mais qui, chez les saints, devient très ressemblante au Christ).

« Tout en n'ayant pas la charge suprême du pontificat et tout en dépendant des évêques dans l'exercice de leur pouvoir, les prêtres leur sont cependant unis dans la dignité sacerdotale ; et par la vertu du sacrement de l'Ordre, à l'image du Christ prêtre suprême et éternel (He 5,1-10 7,24 9,11-28), ils sont consacrés pour prêcher l'Evangile, pour être  les pasteurs des fidèles et pour célébrer le culte divin en vrais prêtres du Nouveau Testament. Participant, à leur niveau de ministère, de la charge de l'unique Médiateur qui est le Christ (1Tm 2,5), ils annoncent à tous la parole de Dieu. C'est dans le culte ou synaxe eucharistique que s'exerce par excellence leur charge sacrée: là, agissant en nom et place du Christ[1] et proclamant son mystère, ils réunissent les demandes des fidèles au sacrifice de leur chef, rendant présent et appliquant dans le sacrifice de la messe, jusqu'à ce que le Seigneur vienne (cf. 1Co 11,26), l'unique sacrifice du Nouveau Testament, celui du Christ s'offrant une fois pour toutes à son Père en victime immaculée (cf. He 9,11-28) ».  (Lumen Gentium 28)

 

Le cas des stigmatisés :

Benoît XVI évoque la figure de saint François d'Assise, il n'était pas prêtre, mais il portait les marques de la Passion de Jésus, c'est pourquoi il était "presque un autre Christ (alter Christus)" : « La figure de saint François, l'homme entièrement uni au Christ jusqu'à la communion des stigmates, presque un alter Christus... » (Benoit XVI, audience du 10 mars 2010)

Les stigmatisés (ées) sont presque « un autre Christ », mais on les voit obéir aux évêques et au pape, qui, eux aussi, sont ensemble un « autre Christ ».

 

L'Eglise entière est, avec le Christ son Chef, comme un autre Christ (alter Christus) :

« C'est par cette même communication de l'Esprit du Christ qu'il se fait que l'Eglise est comme la plénitude et le complément du Rédempteur; car tous les dons, toutes les vertus, tous les charismes qui se trouvent éminemment, abondamment et efficacement dans le Chef dérivent dans tous les membres de l'Eglise et s'y perfectionnent de jour en jour selon la place de chacun dans le Corps mystique de Jésus-Christ: ainsi peut-on dire d'une certaine façon que le Christ se complète à tous égards dans l'Eglise. Et par ces mots nous touchons la raison même pour laquelle, selon la pensée déjà brièvement indiquée de saint Augustin, le Chef mystique qu'est le Christ, et l'Eglise, qui sur terre est comme un autre Christ et en tient la place, constituent un homme nouveau unique dans lequel le ciel et la terre s'allient pour perpétuer l'œuvre de salut de la Croix: à savoir le Christ, Tête et Corps; le Christ total. » (Pie XII, Encyclique Mystici Corporis, 29 juin 1943)

 


[1] Cf. Conc. Trid. sess. 22: Denz. 940 (DS 1743). Pie XII, encyc. mediator Dei, 20 Nov. 1947 ; AAS 39 (1947), p. 553 ; Denz. 2300 (DS 3850). (1964 Lumen Gentium 28)

 

Synthèse Françoise Breynaert