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La femme dans l’Eglise (Jean Paul II)

[25] Dans le texte de la Lettre aux Ephésiens nous trouvons une seconde dimension de l'analogie qui doit servir, dans son ensemble, à la révélation du «grand mystère». C'est une dimension symbolique.
Si l'amour de Dieu envers l'homme, envers Israël, le peuple élu, est présenté par les prophètes comme l'amour de l'époux pour l'épouse, cette analogie exprime la qualité «sponsale» et le caractère divin et non humain de l'amour de Dieu: «Ton créateur est ton époux, ... on l'appelle le Dieu de toute la terre» (Is 54, 5). On doit dire la même chose de l'amour sponsal du Christ rédempteur: «Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique» (Jn 3, 16). Il s'agit donc de l'amour de Dieu exprimé dans la Rédemption accomplie par le Christ.
Selon la Lettre paulinienne, cet amour est «semblable» à l'amour nuptial des conjoints humains, mais évidemment il ne lui est pas «identique». [...]

[26] [...] Le Christ est l'Epoux de l'Eglise, comme Rédempteur du monde. L'Eucharistie est le sacrement de notre Rédemption. C'est le sacrement de l'Epoux, de l'Epouse. L'Eucharistie rend présent et réalise à nouveau sacramentellement l'acte rédempteur du Christ qui «crée» l'Eglise, son corps. A ce «corps», le Christ est uni comme l'époux à l'épouse. Tout cela est dit dans la Lettre aux Ephésiens. Dans le «grand mystère» du Christ et de l'Eglise se trouve introduite l'éternelle «unité des deux» constituée dès le «commencement» entre l'homme et la femme.
Si le Christ, en instituant l'Eucharistie, l'a liée d'une manière aussi explicite au service sacerdotal des Apôtres, il est légitime de penser qu'il voulait de cette façon exprimer la relation entre l'homme et la femme, entre ce qui est «féminin» et ce qui est «masculin», voulue par Dieu tant dans le mystère de la Création que dans celui de la Rédemption. Dans l'Eucharistie s'exprime avant tout sacramentellement l'acte rédempteur du Christ-Epoux envers l'Eglise-Epouse.
Cela devient transparent et sans équivoque lorsque le service sacramentel de l'Eucharistie, où le prêtre agit «in persona Christi», est accompli par l'homme. C'est là une explication qui confirme l'enseignement de la Déclaration Inter insigniores, publiée sur mandat de Paul VI pour répondre aux interrogations suscitées par la question de l'admission des femmes au sacerdoce ministériel.

[27] Le Concile Vatican II a renouvelé dans l'Eglise la conscience de l'universalité du sacerdoce. Dans la Nouvelle Alliance, il n'y a qu'un seul sacrifice et un seul prêtre, le Christ. Tous les baptisés, les hommes comme les femmes, participent à ce sacerdoce unique, car il doivent «s'offrir en victimes vivantes, saintes, agréables à Dieu (cf. Rm 12, 1), porter témoignage du Christ sur toute la surface de la terre, et rendre raison, sur toute requête, de l'espérance qui est en eux d'une vie éternelle (cf. 1 P 3, 15)». [...]
Même si l'Eglise possède une structure «hiérarchique», cette structure est cependant totalement ordonnée à la sainteté des membres du Christ. Et la sainteté s'apprécie en fonction du «grand mystère» dans lequel l'Epouse répond par le don de l'amour au don de l'Epoux, le faisant «dans l'Esprit Saint» parce que «l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné» (Rm 5, 5).
Le Concile Vatican II, en confirmant l'enseignement de toute la tradition, a rappelé que, dans la hiérarchie de la sainteté, c'est justement la «femme», Marie de Nazareth, qui est«figure» de l'Eglise. Elle nous «précède» tous sur la voie de la sainteté; en sa personne «l'Eglise atteint déjà à la perfection qui la fait sans tache ni ride (cf. Ep 5, 27)».

En ce sens, on peut dire que l'Eglise est «mariale» en même temps qu'«apostolique» et «pétrinienne». [...]

Dans l'histoire de l'Eglise, dès les premiers temps, il y avait aux côtés des hommes de nombreuses femmes pour qui la réponse de l'Epouse à l'amour rédempteur de l'Epoux prenait toute sa force expressive (Ac 2,17 ; Rm 16,1 ; 2 Tm 4,19 ; Phil 4,2 ; Rm 16,6.12).
De nos jours encore, l'Eglise ne cesse de s'enrichir grâce au témoignage de nombreuses femmes qui épanouissent leur vocation à la sainteté. Les saintes femmes sont une incarnation de l'idéal féminin; mais elles sont aussi un modèle pour tous les chrétiens, un modèle de «sequela Christi», un exemple de la manière dont l'Epouse doit répondre avec amour à l'amour de l'Epoux.

 


Pape Jean Paul II,

Lettre apostolique Mulieris dignitatem, n°25-27,

le 15 août 1988