Les anglicans et les deux dogmes récents (ARCIC)

Les anglicans et les deux dogmes récents (ARCIC)

Le 2 février 2004, la Commission internationale anglicane - catholique romaine (ARCIC) a présenté un document commun « Marie : grâce et espérance dans le Christ. »

Un accord a été trouvé concernant les deux dogmes mariaux récents.

Un résumé de cet accord est offert au paragraphe 78 :

 

78. Comme résultat de notre étude, la Commission présente les accords suivants, que nous croyons être une avancée significative de notre consensus concernant Marie. Nous affirmons ensemble : [...]

  • que l'enseignement sur Marie des deux définitions de l'Assomption et de l'Immaculée Conception, compris dans le cadre du paradigme biblique de l'économie de l'espérance et de la grâce, peut être dit en consonance avec l'enseignement de l'Écriture et des traditions anciennes communes (paragraphe 60) ;
  • que cet accord, une fois accepté par nos deux Communions, situerait les questions sur l'autorité qui surgissent à partir des définitions de 1854 et de 1950 dans un nouveau contexte oecuménique (paragraphes 61-63).

 

[Des formulations anciennes à relire à la lumière du concile Vatican II : Les Écritures sont porteuses du témoignage normatif]

61. Les circonstances particulières et les formulations précises des définitions de 1854 [Immaculée conception] et 1950 [Assomption] ont créé des problèmes non seulement aux anglicans mais aussi à d'autres chrétiens.

Les formulations de ces doctrines et certaines objections les concernant sont situées dans les formes de pensée de leur époque.

En particulier les expressions « révélé par Dieu » (1854) et « divinement révélé » (1950) employés dans les dogmes reflètent la théologie de la révélation qui dominait dans l'Église catholique romaine au temps où les définitions furent données et qui ont trouvé une formulation officielle dans la constitution Dei Filius du premier concile du Vatican.

Il faut les comprendre aujourd'hui dans la perspective dans laquelle cet enseignement a été affiné par le deuxième concile du Vatican dans sa constitution Dei Verbum, en particulier pour ce qui concerne le rôle central de l'Écriture dans la réception et la transmission de la révélation.

Quand l'Église catholique romaine affirme qu'une vérité est « révélée par Dieu », il n'est aucunement question d'une nouvelle révélation.

Plutôt, les définitions sont comprises comme portant témoignage de ce qui a été révélé depuis le début.

Les Écritures sont porteuses du témoignage normatif quant à cette révélation (cf. Don 19).

 

Cette révélation est reçue par la communauté des croyants et transmise dans les différents temps et lieux par les Écritures et par la prédication, la liturgie, la spiritualité, la vie et l'enseignement de l'Église, qui puisent dans les Écritures.

 

Dans le Don de l'autorité la Commission a cherché à expliciter une méthode par laquelle un tel enseignement officiel peut survenir, le point clé étant qu'il doit être en conformité avec l'Écriture, ce qui reste une préoccupation majeure pour les anglicans comme les catholiques romains.

 

[Le souhait des anglicans du consentement d'un concile œcuménique]

62. Les anglicans ont également demandé si ces doctrines doivent être tenues par les croyants comme une matière de foi, compte tenu du fait que l'évêque de Rome les a définies « indépendamment d'un Concile » (cf. Autorité II 30).

 

En réponse, les catholiques romains ont attiré l'attention

- sur le sensus fidelium,

- sur la tradition liturgique partout dans les Églises locales

- et sur le soutien actif des évêques catholiques romains (cf. Don 29-30) :

ce furent là les éléments à travers lesquels ces doctrines ont été reconnues comme faisant partie de la foi de l'Église et, par conséquent, susceptibles d'être définies (cf. Don 47).

Pour les catholiques romains l'habilitation à porter, sous certaines conditions strictement délimités, une telle définition fait partie du ministère de l'évêque de Rome (cf. Pastor Aeternus [1870], dans Denzinger-Schönmetzer, Enchiridion Symbolorum [DS] 3069-3070).

Les définitions de 1854 et de 1950 n'ont pas été faites en réponse à une controverse, mais ont donné voix au consensus de la foi parmi les croyants en communion avec l'évêque de Rome. Elles furent réaffirmées par le deuxième concile du Vatican.

 

Pour les anglicans, ce serait le consentement d'un concile oecuménique qui, enseignant selon les Écritures, prouve le plus sûrement que les conditions nécessaires sont réunies pour qu'un enseignement soit de fide. Là où c'est la cas, comme pour la définition de la Theotókos, catholiques romains aussi bien qu'anglicans s'accordent que le témoignage de l'Église doit être cru fermement et constamment par tous les croyants (cf. 1 Jean 1, 1-3).

 

[Parler de Marie en restant centré sur l'Incarnation du Christ]

63. Les anglicans ont demandé si leur acceptation des définitions de 1854 et de 1950 constituerait une condition de la future restauration de la pleine communion.

Les catholiques romains trouvent difficile d'envisager une restauration de la communion où l'acceptation de certaines doctrines serait requise des uns et pas des autres.

En abordant ces questions, nous avons été attentifs au fait que « l'une des conséquences de notre séparation fut une tendance aussi bien des anglicans que des catholiques romains d'exagérer l'importance des dogmes mariaux pour eux-mêmes au dépens des autres vérités plus étroitement liés au fondement de la foi chrétienne » (Autorité II 30).

Anglicans et catholiques romains sont d'accord que les doctrines de l'Assomption et de l'Immaculée Conception de Marie doivent être comprises à la lumière de la vérité plus centrale de son identité de Theotókos, vérité qui elle-même dépend de la foi en l'Incarnation.

 

[Anglicans et catholiques : recevoir à nouveau ces doctrines]

Nous reconnaissons que, suivant le deuxième concile du Vatican et l'enseignement des papes récents, le contexte christologique et ecclésiologique de la doctrine de l'Église concernant Marie fait l'objet d'une re-réception à l'intérieur de l'Église catholique romaine.

Nous suggérons maintenant que l'adoption d'une perspective eschatologique puisse approfondir notre compréhension partagée de la place de Marie dans l'économie de la grâce, et de la tradition de l'Église concernant Marie, que nos deux Communions reçoivent.

Nous exprimons l'espoir que l'Église catholique romaine et la Communion anglicane reconnaissent une foi commune dans l'accord concernant Marie que nous présentons ici.

Une telle re-réception signifierait que l'enseignement et la dévotion mariales à l'intérieur de nos communautés respectives, y compris les différences d'accent, seraient considérés comme d'authentiques expressions de la croyance chrétienne.

Une telle re-réception devrait se faire à l'intérieur du contexte d'une mutuelle re-réception d'une autorité enseignante effective dans l'Église, telle celle présentée dans le Don de l'Autorité.

 


Commission internationale anglicane - catholique romaine (ARCIC),

« Marie : grâce et espérance dans le Christ », 2 février 2004, § 61-62