L’Immaculée, la grâce et l'espérance (ARCIC)

L’Immaculée, la grâce et l'espérance (ARCIC)

Le 2 février 2004, la Commission internationale anglicane - catholique romaine (ARCIC) a présenté un document commun « Marie : grâce et espérance dans le Christ. »

Marie est conçue immaculée en vue d'être mère du Christ. La Commission a choisi de méditer à partir du Christ nouvel Adam, en qui tout est accompli. L'Immaculée conception est liée au Christ nouvel Adam, à l'accomplissement final (eschatologique) du don de la grâce.

 

52. « On ne peut bien comprendre ce que signifie être pleinement humain que si on le voit à la lumière de ce que nous devenons dans le Christ, le « dernier Adam », opposé à ce que nous sommes devenus dans l'Adam ancien (1 Corinthiens 15, 42-49 ; Romains 5, 12-21).

Cette perspective eschatologique voit la vie chrétienne en termes de vision du Christ exalté conduisant les croyants à rejeter les péchés qui « enlacent » (Hébreux 12, 1-2) et à participer à sa pureté et à son amour, rendus accessibles par son sacrifice d'expiation (1 Jean 3, 3 ; 4, 10).

Nous considérons alors l'économie de la grâce en partant de son accomplissement dans le Christ pour remonter l'histoire à partir de cet accomplissement plutôt qu'en la déroulant depuis son début dans la création déchue jusqu'à l'avenir dans le Christ.

Cette perspective présente une lumière neuve pour considérer la place de Marie. [...]

 

54. Dans ce cadre biblique nous avons considéré de façon renouvelée la place spécifique de la Vierge Marie dans l'économie de la grâce, comme celle qui a enfanté le Christ, l'élu de Dieu.

La parole de Dieu délivrée par Gabriel s'adresse à elle comme déjà « touchée par la grâce », l'invitant à répondre dans la foi et la liberté à l'appel de Dieu (Luc 1, 28. 38. 45). L'Esprit opère en elle pour la conception du Sauveur et celle qui est « bénie entre les femmes » est inspirée pour chanter « toutes les générations me diront bienheureuse » (Luc 1, 42. 48).

Dans une perspective eschatologique, Marie incarne alors l'« Israël élu » dont parle Paul -- glorifié, justifié, appelé, prédestiné. Voilà le paradigme de la grâce et de l'espérance que nous voyons à l'œuvre dans la vie de Marie, laquelle tient, dans la destinée commune de l'Église, une place spécifique comme celle qui a porté dans sa propre chair « le Seigneur de la gloire ».

Marie est distinguée depuis le début comme celle que Dieu a choisie, appelée et comblée de grâce par l'Esprit pour la tâche qui était devant elle.

 

55. L'Écriture nous parle de femmes stériles à qui Dieu a fait don d'enfants -- Rachel, la femme de Manoah, Anne (Genèse 30, 1-24 ; Juges 13 ; 1 Samuel 1) et celles qui avaient dépassé l'âge d'avoir des enfants -- Sarah (Genèse 18 9-15 ; 21, 1-7) et la plus connue, Élisabeth, la cousine de Marie (Luc 1, 7. 24).

Ces femmes mettent en valeur le rôle singulier de Marie, qui n'était ni stérile ni hors d'âge d'avoir encore des enfants, mais qui était une vierge fertile : dans son sein l'Esprit a opéré la conception de Jésus.

 

Les Écritures parlent aussi du souci de Dieu pour tous les êtres humains même avant leur venue au monde (Psaume 139, 13-18) et relatent l'action de la grâce de Dieu qui précède l'appel spécifique de personnes particulières, même dès leur conception (cf. Jérémie 1, 4-5 ; Luc 1, 15 ; Galates 1, 15).

Avec l'Église ancienne nous voyons dans l'acceptation de la volonté divine par Marie le fruit de sa préparation antérieure, signifiée par l'affirmation de Gabriel la disant « comblée de grâce ».

 

Ainsi nous pouvons voir que Dieu était à l'œuvre en Marie depuis ses tout premiers commencements, la préparant pour sa vocation unique de porter dans sa propre chair le nouvel Adam en qui toutes choses au ciel et sur la terre sont maintenues ensemble (cf. Colossiens 1, 16-17).

De Marie, à la fois personnellement et comme une figure représentative, nous pouvons dire qu'elle est « l'ouvrage de Dieu, créé dans le Christ Jésus pour les oeuvres bonnes que Dieu a préparées d'avance » (Éphésiens 2, 10).

 

[...]

 

59. Les Écritures indiquent l'efficacité du sacrifice expiatoire du Christ aussi pour ceux qui l'ont précédé dans le temps (cf. 1 Pierre 3, 19 ; Jean 8, 56 ; 1 Corinthiens 10, 4). Ici, une nouvelle fois, la perspective eschatologique éclaire notre compréhension de la personne et de l'appel de Marie.

En considération de sa vocation à être la mère de celui qui est le Saint (Luc 1, 35), nous pouvons affirmer ensemble que l'œuvre rédemptrice du Christ rejaillit « par avance » sur Marie dans les profondeurs de son être et à ses tout premiers débuts. Cela n'est pas contraire à l'enseignement de l'Écriture et ne peut être compris qu'à la lumière de l'Écriture.

Les catholiques romains peuvent reconnaître en cela ce qui est affirmé par le dogme -- à savoir « préservée de toute souillure du péché originel » et « au premier instant de sa conception ».

 


Commission internationale anglicane - catholique romaine (ARCIC),

« Marie : grâce et espérance dans le Christ », 2 février 2004, § 52.54.55. 59