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Marie en perspective trinitaire (Jean Paul II)

[Marie dans le mystère du Christ :]

1. Le chapitre VIII de la Constitution Lumen Gentium déclare que la référence nécessaire et obligatoire de la doctrine mariale se trouve dans le mystère du Christ.

À cet égard, les premiers mots de l'Introduction sont significatifs :

« Ayant résolu, dans sa très grande bonté et sagesse, d'opérer la rédemption du monde, Dieu, quand vint la plénitude du temps, envoya son Fils né d'une femme... pour faire de nous des fils adoptifs (Ga 4, 4-5) » (LG 52).

Ce Fils est le Messie, attendu par le peuple de l'Ancienne Alliance, envoyé par le Père à un moment décisif de l'histoire, la « plénitude des temps » (Ga 4, 4), qui coïncide avec sa naissance dans notre monde, né d'une femme. Le primat du Christ est manifesté dans l'Eglise, son Corps mystique : en elle « les fidèles adhèrent au Christ Chef et sont en communion avec tous les saints » (cf. LG 52). C'est le Christ qui attire tous les hommes.

 

Par son rôle maternel, Marie est intimement unie son Fils, et elle contribue à orienter vers lui le regard et le cœur des croyants.

Elle est la voie qui conduit au Christ : en fait, Celle qui à l'Annonce de l'ange accueillit dans son cœur et dans son corps le Verbe de Dieu (LG 53), nous montre comment accueillir dans notre existence le Fils descendu du ciel, en nous éduquant à faire de Jésus le centre et loi suprême de notre existence.

 

[Marie et le Père :]

2. Marie nous aide aussi à découvrir à l'origine de toute l'œuvre du salut, l'action souveraine du Père qui appelle les hommes à devenir fils dans l'unique Fils. En évoquant les très belles expressions de la Lettre aux Ephésiens : « Dieu, riche en miséricorde, par le grand amour avec lequel il nous a aimé, alors que nous étions morts à cause de nos péchés, il nous a fait revivre dans le Christ. » (Eph 2, 4), le Concile attribue à Dieu le titre « Très miséricordieux » : le Fils né d'une femme », apparaît, ainsi, comme le fruit de la miséricorde du Père, ce qui nous fait mieux comprendre comment cette femme est « mère de miséricorde ».

 

Dans le même contexte, le Concile appelle aussi Dieu « très sage », en suggérant une attention particulière au lien étroit qui existe entre Marie et la sagesse divine qui, dans son mystérieux dessein, a voulu la maternité de la Vierge.

 

[Marie et l'Esprit Saint :]

3. Le texte conciliaire (LG 52) nous rappelle par ailleurs le lien singulier qui unit Marie à l'Esprit Saint, en citant les paroles du Symbole de Nicée-Constantinople que nous récitons lors de la liturgie eucharistique : « Pour nous les hommes et pour notre salut, il est descendu du ciel ; par l'Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s'est fait homme ». En exprimant la foi de toujours de l'Église, le Concile nous rappelle que la prodigieuse incarnation du Fils a eu lieu dans le sein de la Vierge Marie, sans concours de l'homme, par l'action du Saint-Esprit.

 

[Marie et la Trinité :]

Ainsi, l'Introduction du chapitre VIII de Lumen Gentium indique, dans la perspective trinitaire, une dimension essentielle de la doctrine mariale. Tout, en effet, vient de la volonté du Père qui a envoyé son Fils dans le monde, montrant en lui aux hommes, et le constituant tel, le Chef de l'Église et le centre de l'Histoire.

Le concours de la Vierge Marie est essentiel dans l'économie de la communication de la Trinité au genre humain :

Il s'agit d'un dessein qui s'est accompli par l'Incarnation, oeuvre de l'Esprit Saint, mais avec le concours essentiel d'une femme, la Vierge Marie, qui est devenue ainsi partie intégrante dans l'économie de la communication de la Trinité au genre humain.

 

4. La triple relation de Marie avec les personnes divines est rappelée par des paroles précises dans l'illustration du rapport typique qui lie la Mère du Seigneur à l'Église :

« Elle reçoit cette immense charge et dignité d'être la Mère du Fils de Dieu et, par conséquent, la fille de prédilection du Père et le sanctuaire de l'Esprit Saint » (LG 53).

 

La dignité fondamentale de Marie est celle de "Mère du Fils", qui s'exprime dans la doctrine et le culte chrétien par le titre de "Mère de Dieu".

Il s'agit d'une qualification surprenante, qui manifeste l'humilité du Fils unique de Dieu dans son Incarnation et, en lien avec elle, le privilège souverain accordé à la créature qui est appelée à l'engendrer dans la chair.

 

Mère du Fils, Marie est "fille de prédilection" du Père d'une manière unique. Il lui a été accordé une ressemblance tout à fait spéciale entre sa maternité et la paternité divine.

 

Et encore tout chrétien est "Temple de l'Esprit Saint", selon l'expression de l'apôtre Paul (1 Co 6, 19). Mais cette affirmation prend chez Marie une signification exceptionnelle : chez elle, en effet, la relation avec l'Esprit Saint s'enrichit de la dimension sponsale. Je l'ai rappelé dans mon Encyclique Redemptoris Mater : « L'Esprit Saint est déjà descendu sur elle, qui est devenue sa fidèle Épouse lors de l'Annonciation, quand elle accueillit le Verbe du vrai Dieu...» (RM 26).

 

La relation privilégiée de Marie avec la Trinité lui confère une dignité qui dépasse de loin toutes les autres créatures.

Le concile le rappelle expressément en parlant de ce « don d'une grâce exceptionnelle qui la met bien loin au-dessus de toutes les créatures dans le ciel et sur la terre. » (LG. 53).

Et pourtant, cette dignité très haute n'empêche pas que Marie soit solidaire avec chacun de nous.

La constitution dogmatique continue ensuite : « Mais elle se trouve aussi, comme descendante d'Adam, réunie à l'ensemble de l'humanité qui a besoin de salut » et « elle a été rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils. » (LG 53)

 

Emerge ici la signification authentique des privilèges de Marie et de ses rapports exceptionnels avec la Trinité : ces rapports ont le but de la rendre prête à coopérer au salut du genre humain. La grandeur incommensurable de la Mère du Seigneur demeure, pourtant, un don de l'amour de Dieu à tous les hommes. Proclamée bienheureuse (Lc 1, 48), les générations exaltent les « grandes choses » (Lc 1, 49) que le Tout-Puissant a fait en elle pour l'humanité, « en se souvenant de sa miséricorde » (Lc 1, 54).

 


Jean Paul II, audience générale du 10 janvier 1996

(traduit de l'italien par F. Breynaert).