Lc 1, 49.50 : Marie, exemple pour tous

Lc 1, 49.50 : Marie, exemple pour tous

L'auteur médite sur l'obéissance de Marie, dont témoigne le récit de l'Annonciation ainsi que le chant du Magnificat. C'est une obéissance à Dieu le Père. C'est une obéissance qui ouvre la porte à l'irruption extraordinaire de Dieu dans sa vie.

L'auteur éclaire sa méditation par la lettre de saint Paul aux Hébreux.

 

A) Le mûrissement de Marie, son obéissance et l'irruption extraordinaire de la puissance de Dieu

Dieu utilise souvent des signes extraordinaires pour se révéler. Dans le cas de Marie, tels peuvent être: la visite et le message de l’ange Gabriel (cf Lc 1, 26-38) ; la nouvelle de la grossesse d’Elisabeth stérile et âgée (cf Lc 1,36) ; la vue de sa parente enceinte (Lc 1,40) ; le tressaillement de l’enfant (Lc 1,41) ; les paroles inspirées qui lui sont adressées (Lc 1, 42-45)… Grâce à ces faits et à ces paroles, Marie se rend compte de plus en plus, non sans trouble (Lc 1,29) de l’irruption extraordinaire de Dieu dans sa vie.

 

Marie continuera encore à réaliser la volonté de Dieu à travers l’observance de la loi du Seigneur. Nous remarquons que les cinq annotations de Luc sur l’observance de la loi par Marie (Lc 2,23.24.27.39.42) suivent le récit de l’annonciation (Lc 1,26-38).

Cependant, à partir de l’Annonciation, il est demandé à Marie de prendre pour critère la parole de Dieu communiquée par l’ange. A partir de la rencontre avec l’ange, le discernement spirituel de Marie procède plutôt, pour l’interprétation de la volonté de Dieu, de l’événement du Christ – pris dans son ensemble. [1]

 

b) L’apprentissage de l’obéissance de la part de Jésus

"C’est lui qui, aux jours de sa chair, ayant présenté, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications à Celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé en raison de sa piété, tout Fils qu’il était, apprit, de ce qu’il souffrit, l’obéissance."

(Hé 5,7-8)

 

Pendant la passion, un accroissement de confiance est demandé à Jésus dans la volonté du Père tout Puissant que, non sans cris et larmes, il rejoint dans la prière. Il a dû apprendre à être obéissant à Dieu le Père (Hé 5,7-8), au point de se fier à la puissance divine pour le sauver de la mort, sans exiger, ni déterminer, ni invoquer un genre de libération plutôt qu’un autre. [2]

 

c) L’apprentissage de l’obéissance de la part de Marie

Il est indiscutable que le discernement d’un projet divin (Lc 1,29) aussi extraordinaire aux vues des attentes humaines ne pouvait pas ne pas comporter aussi pour Marie l’expérience de l’incompréhension, de la stupeur et, par conséquent, un degré considérable de tourment intérieur.

L’évangéliste est conscient que pour Marie, passer de la crainte de Dieu à l’obéissance de la servante n’a pas seulement signifié écouter et observer la parole de Dieu dans la sainte Écriture et dans les coutumes traditionnelles d’Israël.

Dans la personnalité de Marie s’est vérifiée un mûrissement continu de l’attitude d’obéissance, à travers la méditation et l’interprétation des paroles de Jésus et des signes quotidiens de révélation jusqu’au signes suprêmes de la révélation pascale.

En ce sens aussi la servante du Seigneur devint "obéissante jusqu’à la mort et à la mort de la croix" (Ph 2,8) du Fils (cf Jn 19,25). [3]

 

d) La conformité de Marie au Christ dans l’obéissance et dans l’exaltation

Marie, en "obéissant devint cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain".

(IRENEE De LYON Adversus Haereses 3,22,4)

 

 

Marie - comme tous ceux qui lui obéissent - est sauvée par le Christ:

"après avoir été rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent principe de salut éternel, puisqu’il est salué par Dieu du titre de grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech."

(Hé 5,9-10)

 

En seconde instance, Marie, qui obéit au Christ sauveur, devient instrument pour secourir Israël, cf Lc 1,54.

 

Selon tout ce qu’attestent de nombreux écrits bibliques et juifs, les "grandes choses" accomplies par Dieu par une personne ont non seulement une efficacité salvatrice sur le plan individuel, mais aussi sur le plan collectif.

Dans le cas de Marie, cette donnée est d’autant plus vraie que Marie a fait du "service" à Dieu la définition même de sa personne.

 

e) Une typologie pour tous

Le Magnificat reconnaît que là où se trouve la crainte de Dieu - une attitude analogue à celle du Christ pendant la passion ("il fut exaucé en raison de sa piété", Hé 5,7) - là se déploie la miséricorde de Dieu (le Père) :

"Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent, déployant la force de son bras..."

(Lc 1,50-51)

 

Tous ceux qui sont "humbles" - comme le devint Jésus, (Ph 2,8) et comme le fut Marie (Lc 1,48) doivent aussi laisser agir le Tout Puissant dans leur existence (cf Lc 1,49; Hé 5,7). ’ils conforment leurs désirs à la volonté salvatrice de Dieu - comme l’ont fait Jésus et Marie – eux aussi sont élevés. [4]

 

 


[1] Franco Manzi, La “forma” obbedienziale del servizio di Gesù Cristo e di Maria. Confronto esegetico-teologico di Fil 2,7 con Lc 1,48 Estratto della Tesi di Laurea, Marianum, Roma 1999. p. 80-81 - Extraits par F. Breynaert.

[2] Ibid., p. 82

[3] Ibid., p. 82-85

[4] Ibid. p.87-90.


Franco Manzi