Carlo Crivelli, la Madone à la bougie, vers 1490Pour approfondir

Carlo Crivelli, la Madone à la bougie, vers 1490

Carlo Crivelli est un peintre italien de la Renaissance, né vers 1435 à Venise et mort vers 1495 à Ascoli Piceno.

Dans les peintures de la Vierge à l'enfant que nous présentons, ce qui est original, ce sont tous les fruits qui entourent Marie : des pommes, des poires et des concombres.

 

La Vierge à la Chandelle. Cliquez pour voir.

Date : 1490-1492 ; taille : 218 cm x 75 cm ; lieu : Pinatotèque de Brera, Milan.

 

La Vierge à l'enfant, avec saint François et saint Sébastien. Cliquez pour voir.

Date: 1491 ; Taille : 175x151 cm ; Lieu : National Gallery, London, UK

 

Pourquoi des concombres ?

La fille de Sion est le petit reste fidèle d'Israël. Le prophète Isaïe exprime par des images comment la fille de Sion est demeurée pure au milieu des païens ou des infidèles : « Elle est restée seule, la fille de Sion, comme une cabane dans une vigne, comme une hutte dans un champ de concombres, comme une ville assiégée » (Is 1,8).

Lorsque le Nouveau Testament et la tradition chrétienne verront en Marie l'accomplissement de la fille de Sion, les peintres reprendront ce verset d'Isaïe, et en particulier l'image du concombre qui symbolise la perdition et le péché (sa grande faculté génératrice a été considérée comme une force aveugle et sans contrôle).

On représente alors autour de Marie quelques concombres pour rappeler que Marie, bien que cernée par le péché, y demeure étrangère et conserve sa pureté.

 

Pourquoi des poires ?

L'enfant Jésus tient une poire et il y a des poires dans la tonnelle qui abrite l'enfant et sa mère. La poire est un fruit doux, juteux et sucré. La poire a une signification positive, elle évoque cette invitation : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur » (Ps 34, 9). On peut dire aussi qu'elle évoque donc la sagesse du Seigneur, le mot sagesse dérive en effet du mot saveur.

 

Pourquoi des pommes ?

Dans la tradition chrétienne, la pomme est le fruit défendu du jardin du paradis, qu'Ève, tentée par le diable, cueille et donne à manger à Adam : elle est ainsi devenue le symbole de la chute de l'homme. En fait, les saintes Ecritures ne précisent pas à quelle espèce il appartient : comme le mot latin « malum » désigne aussi bien le mal que la pomme, on en a déduit qu'il s'agit d'un pommier. Le pommier est donc l'arbre du jardin de la Genèse (Gn 2-3).

Mais la croix de Jésus est le nouvel arbre de vie et la pomme associée à Jésus et Marie n'est plus un symbole de chute mais un symbole de rédemption et de salut.

 


Cf. Lucia Impelluso, La nature et ses symboles, Editions Hazan, Paris 2004, p. 150. 173. 176