Fra Angelico, Annonciation (Couvent San Marco) Approfondir : L'Annonciation (Ecriture et tradition)

Fra Angelico, Annonciation (Couvent San Marco)

Cette fresque de l'Annonciation est une invitation à la foi.

 

Le décor est simple, dépouillé : une chambre-cellule, un tabouret, un jardin clos.

 

L'éclairage vient de la gauche, mais l'ange ne projette pas d'ombre : le peintre suggère ainsi que sa nature est immatérielle.

Les ailes de l'ange, aux couleurs du paradis, nous invitent à envisager un Royaume de Dieu habillé de couleurs !

 

Les mains de l'ange et celles de la Vierge Marie expriment le recueillement, une dignité pure et humble, l'accueil d'un mystère.

 

La Vierge Marie exprime sa foi par son immobilité et son silence. En son sein, le mystère du Verbe s'incarne. Au-dessus de sa tête, le Saint Esprit est translucide, à peine visible.

 

Sur la gauche, un près fleuri. Nous sommes au printemps (25 mars).

Dans le Cantique des Cantiques, l'Epoux compare l'Epouse à un jardin clos (Ct 4, 12).

La tradition de l'Eglise y voit le lieu même de la "germination" du Christ, de sorte que ce jardin clos (en latin : hortus conclusus) devient la figure de Marie, en attente du "fruit de ses entrailles".

 

Une fresque dont la signification s'enrichit dans le contexte du couvent.[1]

 

- Fra Angelico a peint un cadre en reprenant la couleur et la configuration de l'architecture réelle du corridor. A travers cette « fenêtre », c'est un espace sacré qui s'ouvre à la contemplation (c'est exactement comme la fenêtre à partir de laquelle Alberti veut qu'on puisse contempler « l'historia »).

 

- Une inscription invite le fidèle à prier « Quand tu seras venu devant la figure de la Vierge intacte, veille, en passant, à ce que l'Ave ne reste pas silencieux ».

 

- Les chapiteaux sont de deux sortes. Les chapiteaux corinthiens font allusion à la virginité de Marie. Les chapiteaux ioniques correspondent à ceux du couvent. L'architecture virginale se trouve ainsi étroitement associée au couvent, en accord avec le fait que la Vierge Marie est considérée comme la mère abbesse supérieure de la communauté.

 

- Le regard, sur la fresque, se dirige vers la chambre-cellule de la Vierge Marie. La droite de la fresque suggère une continuité et s'accorde avec le parcours qui s'engage pour le visiteur. De même, la gauche de la fresque, qui représente un perspective ouverte, correspond à un couloir du couvent.

 

Quand il se rend dans sa cellule, le fidèle est placé sous le pouvoir de l'image pour entrer en mouvement vers la méditation intérieure.

 


[1] Daniel ARASSE, L'Annonciation italienne, Edition Hazan, Paris 1999, p. 132-133.


 

Synthèse F. Breynaert