Mariotto Albertinelli, Annonciation, 1510Approfondir : L'Annonciation (Ecriture et tradition)

Mariotto Albertinelli, Annonciation, 1510

Mariotto Albertinelli, Annonciation, 1510, huile sur bois, 335 x 230 cm. Florence, Galleria dell'Academia (pas de photo disponible).

 

Ce qui est ici remarquable, c'est le fait que la perspective soit débordée*.

Il y a bien le dessin d'une architecture, mais d'une part, le sol n'est pas visible car le dessin est en contre plongée, l'ange et la Vierge Marie sont devant, et donc en dehors de l'ordre mesurable de la perspective de cette architecture. Et d'autre part, Dieu le Père, les anges du ciel et la lumière éblouissante effacent les limites de la voûte.

 

Ceci signifie que l'Incarnation déborde les réalités mesurables, les limites de nos constructions humaines. Que ce soit des constructions matérielles ou intellectuelles, le Christ les déborde : « il y a ici plus que Jonas...  il y a ici plus que Salomon » (Mt 12, 38-42).

 

Ce type de représentation aura un grand succès.

Ce succès s'explique par l'accord de ce thème avec la Bible.

L'Ancien testament évoque à plusieurs reprises Dieu sous forme de lumière éclatante ou de nuée. Dans le récit de saint Luc, l'ange annonce à Marie « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre » (Luc 1, 35).

 

Cet effacement de l'architecture par la nuée lumineuse date de 1510, bien avant le sac de Rome et la crise luthérienne opposée à l'ostentation des richesses architecturales. Ce n'est pas l'histoire qui crée le langage artistique, mais elle utilise éventuellement ce que l'histoire des arts propose. A partir des années 1530-1540, ce mode de représentation, c'est-à-dire avec une nuée lumineuse dans la partie haute, se diffuse à travers toute l'Italie.

 


*Expression de Daniel ARASSE, L'Annonciation italienne, Edition Hazan, Paris 1999, p 274-279

Synthèse F. Breynaert