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Bruegel, L’adoration des mages, 1564

Bruegel l'ancien, peintre flamand (1525-1569).

L'adoration des mages, 1564 (huile sur bois, 112.1 x 83.9 cm, National Gallery, Londres)

Voir le tableau :

http://blog2b.net/uploads/j/jcl/729.jpg

ou :

http://bruegel.pieter.free.fr/images/mages/adorationg.jpg

 

L'adoration.

Les personnages principaux se distinguent des autres par les couleurs plus vives et plus claires de leurs vêtements.

Ainsi, notre regard est-il attiré par la mère et l'enfant, et par un mage agenouillé devant eux.

Un échange de regard a lieu entre ce mage et l'enfant-Dieu.

Cet échange de regard est entouré par les autres regards : celui de Marie, bienveillant. Celui de l'autre mage, dont la face, très laide, traduit pourtant un grand respect et le désir de s'agenouiller à son tour. Celui de Joseph, qu'un homme cherche pourtant à distraire.

 

La sainte famille.

La sainte famille est représentée dans une simplicité totale.

La Vierge a fait un mouvement pour tenir l'enfant et accueillir les mages. Les plis des tissus sont déplacés, surtout au niveau de son visage qui est donc en partie caché. Marie ne fait aucun effort pour se présenter jolie ! Elle fait effort pour tendre une main aux mages et présenter l'enfant de l'autre...

 

Joseph affiche un air débonnaire, un homme lui chuchote à l'oreille, mais il continue d'observer la scène. Faut-il y lire une absence totale de majesté et d'attention, contraire aux préconisations de la Contre-Réforme ? Bruegel a-t-il souhaité représenter Joseph comme un simple paysan de son époque, bien inséré dans la vie ? Cet homme qui chuchote est-il un tentateur contre certaines vertus : l'indifférence aux richesses, l'indifférence aux honneurs, la simplicité foncière d'un homme à qui Dieu a confié son règne ? Ce faisant, le peintre renvoie chacun à son propre débat intérieur.

 

Marie et Joseph n'ont d'émotion ni devant la richesse des visiteurs, ni devant leurs visages laids. Ils restent simplement eux-mêmes.

 

Une influence du calvinisme ?

Bruegel a été sponsorisé par le Cardinal Antoine Perrenot De Granville, mais il travaille à l'époque de la montée du calvinisme au Pays Bas. Or, pour Calvin, Marie perd beaucoup sa particularité mais elle demeure un modèle d'écoute, de compréhension, de témoignage.

Il est possible que cette sensibilité nouvelle donne à Bruegel l'audace de ne pas donner à la Vierge la beauté corporelle qu'on lui attribue habituellement : ses traits n'ont aucune finesse. Et le sentiment du sacré est si faible que l'on ose bavarder derrière elle...


L'influence de Bosh

Il faut sans doute, comme le fait Jeanne de la Ruwière, voir une influence de Bosh dans la peinture de Bruegel. Bosh, qui faisait partie d'une confrérie mariale, et, dans un but apostolique, il participait aux représentations des mystères (théâtrales) et s'exprimait dans la peinture d'une manière satirique. Voir l'Adoration des mages de Jérôme Bosh.

 

Le comique de la scène, le côté caricatural.

 

Derrière le mage noir, dans la grange, on voit deux autres personnages. L'un porte des lunettes et pourrait signifier symboliquement que les autres curieux sont aveugles à l'importance et la signification réelle de la scène.

L'autre a un nez si énorme qu'il prête à rire.

... Sans doute toute cette drôlerie est aussi un message.

Le récit de l'Evangile (Mt 2, 1-12) n'est-il pas drôle finalement ?

Les mages ont fait un voyage immense. Ils cherchent un roi qui vient de naître. Ils sont venus se prosterner devant lui. Et voici qu'ils le trouvent si humblement !

 

L'enfant Jésus est nu et semble bien craintif.

Cette peur de l'enfant semble bien naturelle lorsqu'on observe les visages grimaçants des deux vieillards qui se penchent vers lui.

Le mage agenouillé devant l'enfant porte un vêtement somptueux, mais ses cheveux filasses sont d'un blanc jauni, et son visage manque de fraîcheur.

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L'autre vieux mage, que l'on voit de face, ne présente pas une meilleure figure, il porte un manteau aux manches bouffantes et s'incline fortement vers l'enfant pour lui présenter une coupe dorée, finement ciselée.

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Le mage noir reste debout, comme s'il attendait son tour. Il tient à la main un étrange objet tout à fait hétéroclite et compliqué : il s'agirait d'un encensoir.

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... Ces caricatures de la laideur, de la vieillerie, de la complication n'ont-t-elles pas, elles aussi, un sens ?

Le Christ apporte un règne nouveau. C'est vrai, il est le roi.

Il apporte la fraîcheur d'une nouvelle naissance. Devant lui, les masques peuvent tomber sans crainte.

L'humanité vieillie peut se montrer sans honte : Jésus vient pour tout renouveler.

La richesse et la recherche compliquée se reconnaissent comme des caricatures et tombent à genou.

 

Les soldats

Derrière eux, se presse une petite foule. La présence de ces soldats étonne, car elle n'est pas familière dans les scènes d'adoration. Les mages ayant traversé diverses contrées, ils étaient très probablement accompagnés de soldats.

Or voici que leur mine n'est pas hostile, mais plutôt attendrie.

Humour... Simplicité totale... La violence du monde tombe.

 


Sources :

- Daniel Arasse, On n'y voit rien, Descriptions, folio essais, 2000.

- http://bruegel.pieter.free.fr

- Jeanne de la Ruwière, La peinture flamande, XV°, XVI° siècle, Bruxelles 1957, p. 100


Synthèse : F. Breynaert