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Lucas Cranach l’Ancien, La Vierge Marie et l’Enfant Jésus sous un pommier

Lucas Cranach l'Ancien, La Vierge Marie et l'Enfant Jésus sous un pommier, vers 1530 Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage. Voir : Cliquez.

 

Cranach l'Ancien passa cinquante ans à Wittenberg dont il fut le bourgmestre (fonction équivalente au maire). Cette ville fut le berceau de la réforme luthérienne dont Cranach fut un des propagateurs. L'influence luthérienne se décèle dans ces peintures au fait que Cranach ne dessine aucune auréole, même pas à Jésus.

 

La Vierge est sous un pommier, qui est l'arbre du jardin de la Genèse

Dans la tradition chrétienne, la pomme est le fruit défendu du jardin du paradis, qu'Ève, tentée par le diable, cueille et donne à manger à Adam : elle est ainsi devenue le symbole de la chute de l'homme. En fait, les saintes Ecritures ne précisent pas à quelle espèce il appartient : comme le mot latin « malum » désigne aussi bien le mal que la pomme, on en a déduit qu'il s'agit d'un pommier.

 

Le pommier est donc l'arbre du jardin de la Genèse (Gn 2-3).

 

L'arbre du jardin de la Genèse est le lieu de l'Alliance

L'arbre de vie symbolise une expérience vécue à travers une histoire, celle de la distance prise avec le système mythique en Canaan ou en Egypte. Israël entre dans une Alliance qui responsabilise. Que ce soit l'Exode d'Egypte ou la libération en terre de Canaan, l'expérience est si décisive qu'elle est une naissance, une création.

Comme Adam ne doit pas manger de l'arbre, Israël ne doit pas vivre la convocation magique car elle fait rêver d'une fausse divinisation de l'homme et ne propose en réalité que l'oppression, domination de la femme par l'homme et oppression de tout le peuple par ses princes. Surtout, l'attitude magique obscurcit et brise l'alliance avec le Dieu vivant. Au lieu de devenir comme Dieu par la confiance en son commandement et l'accueil de ses dons, une violence a lieu, c'est la chute. Le tentateur fit chuter les premiers parents, Dieu offrit son pardon.

C'est l'expérience de la première Alliance. Israël a fait l'expérience d'une telle brisure.

Dieu le protège d'un malheur éternel en mettant un terme à ses jours, quant à l'arbre de la connaissance magique, il est gardé par les chérubins pour qu'on y touchât plus (Gn 2,22.24).

 

Le péché a rompu l'Alliance, mais le Rédempteur va sceller une Alliance nouvelle.

 

L'enfant Jésus tient aussi un morceau de pain (azyme ?) et une pomme.

Ce morceau de pain est un symbole de l'Eucharistie. « Ce pain est celui qui descend du ciel, pour qu'on le mange et ne meure pas. » (Jn 6, 50). Celui qui mangeait du fruit défendu mourrait, tandis que celui qui mange l'Eucharistie (c'est-à-dire celui qui communie au Christ) aura la vie en lui, il vivra éternellement.

 

La pomme tenue dans la main de l'Enfant Jésus n'est plus un symbole de chute mais un symbole de rédemption et de salut.


Près de l'arbre de la croix, nouvel arbre de vie, Jésus désigne en Marie la femme et la mère.

La Rédemption a commencé à l'Annonciation, quand le Fils de Dieu s'est fait homme.

Les hommes ayant refusé sa lumière, la Rédemption s'est accomplie au calvaire.

La Passion de Jésus commence au jardin (Jn 18,1), et s'achève dans le jardin (Jn 19,41), c'est une allusion au récit de la Genèse, l'évangéliste veut signifier que Dieu refait Alliance et renouvelle le pardon.

Le jardin de la Genèse fut le premier Eden où Adam appela sa femme la mère de tous les vivants (Gn 3,20). Dans ce même jardin, Jésus voyant sa mère, et le disciple, dit à sa mère : « Femme, Voici ton fils » (Jn 19, 26) et au disciple: « Voici ta Mère » (Jn 19,27).

 

L'arbre de vie est dans le jardin de la Genèse : il est aux commencements.

La mère de Jésus est aussi la mère des commencements, elle est là à Cana (premier signe de Jésus) et elle est là au calvaire (commencement de l'Eglise).

D'un point de vue spirituel, nous sommes invités à nous penser soi-même comme ayant, en son centre originel, la Vierge Marie, toute sainte.

 


Sources :

L. IMPELLUSO, La nature et ses symboles, Editions Hazan, Paris 2004, p.150-153

A. SERRA, Maria a Cana e presso la Croce, Rome 1991, p. 13-26

J. BERNARD, Genèse 1-3 : Lecture et traditions de lectures, dans « Mélanges de science religieuse » (1984), n°3-4, p. 109-128 ; Ibid. (1986), n°1, p. 3-55 et J. BERNARD, L'Eucharistie : du midrash juif à la théologie chrétienne. Le miracle de Cana, dans « Notre vie liturgique » n°3 (1999) CERP Beyrouth, p. 13-67.

F. BREYNAERT, L'arbre de vie, symbole central de la spiritualité de Saint Louis-Marie de Montfort, éditions Paroles et silence 2006, p. 29-30 et p. 67-69, p. 109


F. Breynaert