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Arcabas, Visitation n° 2

L'artiste.

Jean-Marie Pirot, internationalement connu sous le nom d'artiste d'Arcabas, est né en 1926 à Trémery en Moselle, de mère allemande et de père français lorrain.

Arcabas est peintre et professeur. Il a peint des sujets religieux aussi bien que des thèmes laïcs pour des lycées et des administrations.

 

Le tableau. Voir Arcabas, Visitation n° 2, saint Hugues de Chartreuse, cliquez.

http://www.spiritualite2000.com/Archives/2003/Arts/Arcabas/images/121arcabas_jpg.jpg

 

Une insistance sur le ressenti et la vie biologique.

Là où la tradition romane ou l'iconographie exprimait avec retenue le sentiment maternel et le ressenti partagé des deux femmes enceintes, Arcabas insiste sur ce ressenti : baiser des yeux, des bras, des mains, des lèvres. Les deux mères sont immobiles dans le saisissement extatique produit par la vie biologique qui traverse les corps et s'épanouit dans l'indicible mystère des vies naissantes.

 

Une influence de la philosophie allemande ?

Dans cette insistance sur le ressenti et sur la vie biologique, il y a peut-être une influence du piétisme allemand, ou d'une certaine  mystique biologique où « l'esprit » est simplement un élan vital. Y aurait-il une influence de J. Boehme ? de von Schelling ? de von Savigny ? de R. Steiner ? Il s'agit en fait d'une seule veine de pensée qui se développe, avec une tendance moniste (fusion du divin et de l'humain dans un grand soi cosmique) qui n'a plus rien à voir avec l'Alliance biblique. Schelling en venait, en parlant d'un "ungrund", à évoquer un aspect diabolique en Dieu (et donc un Dieu en devenir).

De telles influences, inconscientes ou du moins peu structurées, semblent aussi présentes quand Arcabas commente sa vie d'artiste en disant :

« L'œuvre d'art est exemplaire : miroir pour son auteur, elle a pour faculté supplémentaire la révélation discrète, mais sûre de la création tout entière » et qu'il poursuit en parlant de « l'esprit de l'univers » et qu'il continue en écrivant « Docile et amicale, cette divine émulsion peut être détournée, séparée, diabolisée »[1]

 

Quelques repères bibliques :

Parce que les influences précitées présentent un risque de réduction du mystère chrétien, nous concluons en donnant rapidement quelques repères bibliques.

Tout en gardant conscience de la présence de Dieu, et du reflet de Dieu dans tout le cosmos et dans la vie biologique, la Bible nous invite à ne pas mettre la main sur la source. Comme on reçoit la manne au désert, on se reçoit de Dieu sans le contraindre. De là vient la sobriété de l'art chrétien.

Les prophètes ont annoncé qu'au jour de YHWH adviendra une effusion universelle de l'Esprit Saint (Joël 3, 2). De là toutes les connotations de l'Esprit Saint, son sérieux qui engage et son dynamisme novateur.

L'Esprit Saint est lié à la mort et à la résurrection, où humilité et gloire expriment un même amour, paradoxe déjà exprimé dans le Magnificat de la Vierge Marie, au moment de la Visitation : « Il élève les humbles » (Lc 1, 52).

Le chrétien veut « se servir des choses de ce monde comme si on ne s'en servait point » (1Co 7, 31), ce que saint Paul appelle mourir tous les jours (1Co 15, 31) : « Sans cette mort, nos prières et nos œuvres sont inutiles, souillées, et [...] nous n'aurons pas une étincelle du pur amour, qui n'est communiqué qu'aux âmes dont la vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. » [2].

 

Comparer avec Arcabas, Visitation n° 1, beaucoup plus proche du sens biblique.

 


[1] http://www.arcabas.com/accueil/index.phpn Le 20.09.2012

[2] Saint Louis Marie de Montfort, Traité de la vraie dévotion § 81.

F. Breynaert