G. Rouault, La fuite en Egypte, 1945-1946Méditer la fuite en Egypte (Ecriture)

G. Rouault, La fuite en Egypte, 1945-1946

Préliminaires

Georges Rouault (1871-1958) est né pendant une guerre et en connu ensuite deux autres, il a peint plusieurs fois la fuite en Egypte. c'est un thème qui rejoint si bien la précarité moderne, et qu'il faut sans doute rapprocher des gravures que fit Rouault pour représenter la misère des pauvres, des déplacés de son temps. Cliquez pour voir : Exode [Miserere 146]: Esquisse de Sylvain Coiplet d'après l'original au musée de Beaubourg.

 

La fuite en Egypte : "une beauté solidaire"

Nous présentons deux représentations de la "fuite en Egypte" par Rouault :

 

- La fuite en Egypte, Huile sur toile, 61 x 47cm, 1945-46, Fondation Georges (cliquez pour voir).

 

- La fuite en Égypte, huile sur papier marouflé sur toile, vers 1946, Paris, musée national d'art moderne, centre Georges-Pompidou (cliquez pour voir).http://www.coiplet.de/image/rouaultexode.jpg

 

Dans les deux représentations, les constructions sont sans âge ni style.

Les personnages n'ont pas d'auréoles mais leur sainteté ne fait aucun doute. Ils se penchent l'un vers l'autre et se murmurent dans le soir des paroles importantes.

La Vierge Marie est là, vêtue de blanc, rayonnante d'une beauté solidaire avec l'homme d'aujourd'hui, précaire et pèlerin.

 

Quelques mots sur Rouault (1871-1958)[1]

Né en mai 1871 dans une cave du quartier de Belleville pendant les bombardements de l'artillerie des troupes versaillaises, il en garde toute sa vie une vision pessimiste de l'humanité. Il connaît néanmoins une enfance heureuse dans un milieu d'artisans éclairés. À plus de vingt ans, il vit une crise de conscience et se fait baptiser. Il entre à l'école des Beaux-arts de Paris où il rencontre Gustave Moreau. Dans l'atelier, aux côtés de Matisse et de Marquet, Rouault comprend que la peinture pratiquée avec conviction peut avoir une portée héroïque.

 

Au fil des décennies, l'œuvre évolue considérablement. À l'aspect fougueux et souvent fulgurant des scènes de souffrance des débuts, il substitue une composition monumentale aux couleurs de plus en plus lumineuses jusqu'à l'incandescence des dernières années. Le sens de la couleur de Rouault ne sera d'ailleurs jamais réellement reconnu en tant que tel, ou alors de façon anecdotique, en raison d'un malentendu. Comme beaucoup de ses sujets sont religieux, on verra dans ses tableaux une transposition des vitraux du Moyen Âge. Ce contenu religieux est d'ailleurs le principal responsable de l'éclipse relative que connaît l'oeuvre de Rouault à partir du milieu des années 60. Comme s'il était difficile de comprendre qu'un artiste puisse à la fois être moderne et aborder des sujets chrétiens, alors que c'est justement l'intensité de sa foi qui lui a fait inventer une manière nouvelle de peindre pour traiter les thèmes qu'il voulait aborder.

 


[1] www.archivesdefrance.culture.gouv.fr/action-culturelle/celebrations-nationales/2008/arts/georges-rouault

Synthèse F. Breynaert