Oecuménisme : les données du problèmeSaint Augustin et la sainteté de MarieLire aussi : l'Immaculée conception et la réussite du plan Créateur

Oecuménisme : les données du problème

Du côté protestant, on comprend certes que le dogme de l'Immaculée conception est lié à la doctrine de l'Incarnation, au sens où, pour les catholiques, la venue du Fils de Dieu présuppose que sa mère humaine soit préservée de toute faute, et cela dès sa propre conception.

Mais c'est justement cette présupposition qui fait difficulté. On objecte en effet qu'elle contredit la révélation de l'Evangile selon laquelle Dieu est venu visiter les pécheurs : la créature humaine n'est pas graciée parce qu'aimable, elle est aimable parce que graciée.

En réalité, du point de vue protestant, la doctrine de l'Incarnation n'implique nullement que Marie ait été dès le commencement préservée du péché.

Cette préservation n'est pas nécessaire pour que Marie pût prononcer son Fiat, et il faut au contraire tenir que, même comme mère du Sauveur, elle a été marquée par la faute originelle. L'objection ne vient donc pas seulement de ce que le dogme de l'Immaculée Conception n'est pas, pour les protestants, attesté par l'Ecriture, mais de ce que sa motivation fondamentale paraît être en contradiction avec la révélation biblique.

 

De leur côté, les catholiques tiennent à rappeler que la doctrine de l'Immaculée Conception ne met pas en cause l'appartenance de Marie à la condition de toute créature appelée au salut : au contraire, il faut comprendre que Marie a été elle-même rachetée en ayant été préservée du péché originel.[1]

Mais les catholiques admettent qu'elle a été bénéficiaire de cette faveur « dès sa conception », et c'est sur ce point que porte leur divergence avec les protestants.

Ils [les catholiques] reconnaissent en même temps la diversité des motivations qui ont conduit à la définition du dogme :

tantôt on a souligné que le corps de Jésus n'aurait pu naître d'une chair marquée par le péché,

tantôt on a compris l'Immaculée conception comme la marque d'une sainteté qui, accordée à Marie de façon toute gratuite et faisant d'elle une femme « comblée de grâce » (cf. Lc 1, 28), lui permettrait de prononcer un jour le fiat de l'Annonciation. Cette seconde motivation est en elle-même plus satisfaisante et se révèle être plus prometteuse dans la perspective du dialogue avec les protestants.

De même que l'Assomption de Marie signifie l'accomplissement du salut que Dieu communique à tous les hommes, de même son Immaculée Conception signifie la vocation à la sainteté à laquelle Dieu nous appelle tous (cf. Eph 1, 4).

 


[1] On notera d'ailleurs que les orthodoxes parlent de ce rachat en termes de « purification » plutôt que de « préservation » du péché.


Groupe des Dombes,

Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints.

Tome II : controverse et conversion,

Bayard, Paris 1998, § 267-268